Rue du
Haut-Rocher, mais quand même pas le Mont Olympe, les sages-femmes m’ont
accouché, déjà pas très volontaire, attendant de voir, CHU rayon maternité. Rue
de l’Ermitage, ermite à quatre pattes, je découvrais le monde en commençant par
la moquette. Rue Guynemer, ensuite, l’aviateur, dressé sur mes pattes arrière,
j’ai levé le nez au ciel. À l’école maternelle de la rue Marcel-Cerdan, je
serrais les dents, mais nous étions dans le quartier d’Hilard, ah ah !
alors je n’ai pas pris l’enfance trop au sérieux. C’est à l’école
Saint-Exupéry, autre aviateur, que j’ai appris à lire, à écrire et à ne pas compter
sur grand-chose. C’était place Augustine-Fouillé, « auteur du Tour du monde par deux enfants » :
ces deux-là ont voyagé pour moi. L’école nous envoyait parfois prendre l’air à
Noirmoutier ou au Collet d’Allevard. Les vacances se passaient à La
Tranche-sur-Mer, Guérande, Saint-Malo, Pornic, La Trinité, La Baule ou Pralognan-la-Vanoise.
Quartier du Bourny, rue Raymond-Garnier, « mort en déportation »,
j’ai continué à grandir, mais rue des Déportés, je me déportais souvent pour
aller humer les livres à la librairie Siloë. C’est à la piscine du Viaduc que
j’ai appris à ne pas savoir nager, et place de la Commune que j’ai construit
mes barricades adolescentes. Les copains habitaient rue Pierre-Joseph Proudhon,
rue Salvador-Allende ou allée Louise-Michel, mais on se regardait vieillir au
collège Jacques-Monod, quartier des Fourches. Les promenades familiales se
faisaient au jardin de la Perrine ou au bois de L’Huisserie, l’horizon local
dépassait rarement la place du Onze-Novembre, la Porte Beucheresse ou le
Leclerc de Saint-Nicolas. Au lycée Ambroise-Paré, on commençait à se cogner aux
murs d’une ville-palindrome, Laval-Laval aller-retour, personne ne descend. Dans
les salles d’examen du bac, au lycée Douanier-Rousseau, on espérait tous secrètement
obtenir plus que la Mayenne.
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mardi 6 septembre 2016
samedi 5 mars 2016
Carnet de lectures... entre autre. 2
1er mai 2015.
J’ai acheté les
trois volumes correspondant à l’intégralité des nouvelles de Matheson, et j’ai bien
l’intention de toutes les lire. Richard Matheson est sans doute l’un des
auteurs du genre fantastique – au sens américain du terme – qui me passionnent
le plus (mais il faut bien reconnaître que ce n’est pas un genre que je connais
si bien que ça). J’aime sa façon de transformer la réalité la plus banale, de
la distordre légèrement pour y amener la folie : un art que l’on retrouve
chez Stephen King. L’Homme qui rétrécit
en est le meilleur exemple. D’ailleurs, Emmanuel Carrère, qui utilise le même
procédé dans La Moustache, avait
reconnu s’être inspiré avant tout de Matheson pour son roman, quand la plupart
des critiques lui sortaient du « kafkaïen » à toutes les sauces.
Moi-même, c’est la lecture de Matheson qui m’avait inspiré la nouvelle Bernard et Martin, écrite pour Zapoï, et qui se retrouve être le point
de départ du roman sur lequel je travaille. D’ailleurs, il y a une nouvelle de
Matheson qui est assez proche de ce que je voudrais faire avec ce roman : Au bord du précipice (The Edge, 1958).
5 mai 2015.
Dans
ce roman, je voudrais que le lecteur ait pleinement conscience de la montée de l’angoisse
du personnage, de l’évolution de ses émotions au fur et à mesure qu’il prend
conscience de la situation, et je me rends compte que ce n’est pas si facile.
Évidemment, le fait que je lise les nouvelles de Richard Matheson en ce moment
est pour beaucoup dans ce désir d’insister sur la peur. Je veux que le lecteur
ressente cette terreur croissante, qui passe par des moments d’éclat et
d’abattement.
16 mai 2015.
Entre
deux recueils de nouvelles, je lis un roman de Matheson, La Maison des damnés, qui, pour l’instant, ne m’emballe pas
vraiment. Il s’agit d’une sorte de roman gothique, bien qu’écrit au début des
années 1970. Un roman gothique à l’ère électrique, donc, mais qui n’en reprend
pas moins tous les clichés : la vieille maison hantée entourée de brumes
et de marécages, presque inaccessible ; le spiritisme, le vampirisme et
l’exacerbation de la sexualité ; sans oublier le scientifique venu prouver
que les esprits n’existent pas et que tous les phénomènes paranormaux qui se
produisent peuvent s’expliquer de façon logique – scientifique qui devra, bien
sûr, s’avouer vaincu tôt ou tard. J’espère qu’à partir de cette trame
classique, Matheson apportera dans ce roman quelque chose de résolument
personnel et qui me surprendra (comme Stephen King a apporté sa propre version
de la « maison hantée » dans Shining,
à mille lieues des Mystères du château
d’Udolphe), mais plus j’avance dans ma lecture, plus j’en doute…
1er juin 2015.
La lecture des
nouvelles de Matheson m’ayant ouvert l’appétit, je me suis offert l’intégrale
de la série La quatrième Dimension,
dont je revois quelques épisodes ce soir. Bien sûr, tout cela a plus ou moins
bien vieilli : ce sont les interventions de Rod Serling venant commenter
l’action (qui, en règle générale, n’en a pas besoin) qui donnent un sérieux
coup de vieux aux épisodes – en même temps qu’un coup de boule à votre
suspension d’incrédulité… Mais enfin, retrouver cette ambiance de la fin des
années 50, cette science-fiction contemporaine des débuts de l’exploration
spatiale, c’est plutôt touchant. Il y a évidemment des épisodes dont le
scénario est cousu de fil blanc, mais dans l’ensemble, c’est assez réussi, et
ça préfigure assez bien X-Files,
héritier naturel de la Twilight Zone.
J’attends évidemment surtout les épisodes basés sur des scénarios de Matheson…
4 juin 2015.
Projection
intégrale des épisodes de LavalSérial ! à L’Avant-Scène.
Je
n’avais pas vu l’intégralité des sept épisodes de la série d’Olivier Guidoux,
et les suivre dans la continuité apporte un éclairage nouveau sur son travail.
Bien que très différents les uns des autres, les épisodes semblent liés entre
eux, et l’humour des situations créées par le réalisateur provoque dans la
salle de grands moments d’hilarité. Surtout, le personnage joué par Anthony
Moreau acquiert une profondeur qui échappe au visionnage parcellaire des
épisodes. Par sa façon d’être en quelque sorte détaché de l’émotion, ou
toujours un peu en deça, qu’il s’agisse de l’étonnement ou de la colère, il
finit par donner l’impression que tout ce qui lui arrive n’est qu’un rêve, dont
il cherche à sortir tout en s’y enfonçant, dans une sorte de sidération
constante…
6 juin 2015.
Le
travail d’Olivier pour Laval Sérial
m’a donné envie de me remettre à mes écrits sur Laval. Et j’en viens à imaginer
la publication d’un livre sur le sujet, une promenade personnelle à travers les
rues de ma ville, à travers mes souvenirs – une description émotionnelle de
Laval, à la manière de Calet pour les quartiers de Paris… À la manière de ce
que j’ai déjà écrit sur le sujet, du reste… J’ai toujours écrit des textes sur
Laval, par ci par là, avec la vague intention, un jour, de les rassembler en
recueil. Mais il s’agirait, cette fois, d’un travail particulier, structuré
autour d’une série d’itinéraires à travers la ville, dans des quartiers qui me
sont familiers, ceux où j’ai grandi, ceux où je passe tous les jours… Il n’y a
pas de raison qu’il n’y en ai que pour Paris !
9 juin 2015.
Je
n’ai pas pour autant envie d’abandonner mon roman, mais sans doute de le
laisser un peu de côté, le temps de m’atteler à ce livre qui, une fois lancé,
pourrait avancer assez rapidement. Il y a aussi qu’avec ce projet, je pourrais
espérer le soutien de la ville de Laval, ou au moins un suivi de la part des
« acteurs culturels » de la ville, comme on dit… Ce qui finit
toujours par décourager mes projets, c’est le sentiment d’écrire dans le vide, l’impression
qu’au fond, personne n’attend mon livre. Si je pouvais avoir la certitude qu’au
moins la ville de Laval soutient mon projet et que sa publication est attendue,
je travaillerais avec nettement plus de conviction.
20 juin 2015.
Lecture
du roman de Thomas B. Reverdy, Les
Évaporés, qui a le bon goût de traiter de trois sujets qui m’intéressent
beaucoup : Richard Brautigan, le Japon et les disparitions volontaires.
28 juillet 2015.
Je
vais assister au Voyage immobile,
écrit par Stéphane Hiland et interprété par Laurent Menez, avec Gérald Bertevas
pour la musique et les ambiances sonores. Ça se joue au prieuré Saint-Martin,
cette magnifique église qui date de la construction de Laval, au début du XIe
siècle. Je discuterai bien avec Stéphane de mon projet d’écriture sur Laval,
mais j’ai envie d’être déjà lancé dans l’écriture avant d’aller demander un
éventuel soutien à la ville.
Le
voyage proposé est lié aux peurs, les peurs légendaires ou historiques des
Lavallois donc, et nous sommes invités à nous bander les yeux pour nous laisser
envahir par l’atmosphère sonore. Tant pis pour les belles fresques qui ornent
l’église : nous partons en voyage. Évidemment, je suis conquis, moi qui
suis justement envahi par l’histoire de Laval, et qui retrouve avec plaisir
Guillaume Le Doyen, l’évocation de la peste, l’incendie de l’église de la
Trinité à cause d’un feu d’artifices, les échos de la Révolution française, et
ce délicieux fait divers : le bourreau de Laval, accusé de meurtre et
guillotiné par son successeur…
10 août 2015.
Mon
train est à 8 h 46, je prends le TGV jusqu’à Rennes, puis le TER jusqu’à
Saint-Malo. Le train file sous le soleil, et l’air marin apporte un peu de
fraîcheur. Mon hôtel est à quelques mètres de la gare, boulevard de la
République, un petit hôtel, l’Europe (l’Europe, c’est petit), où je me contente
de laisser mon sac, puisque ma chambre n’est pas encore disponible. Pierre
consacre ses matinées à la rédaction de son Œuvre, et nous avons convenu de
nous retrouver à une heure devant l’hôtel Cartier, où il est descendu. En
attendant, je rejoins le centre historique à pied, en longeant la plage. La mer
est loin, mais je ne suis pas pressé. Je me promène tranquillement, observant
les baigneurs échoués sur la plage, comme si la marée les avait laissés
derrière elle en se retirant. Au loin, le Fort national, les remparts et la
Tour Quic-En-Groigne m’attendent sagement, pas pressés non plus. On va bien
s’entendre. L’aquarelliste qui a peint la mer et le ciel semble s’être amusé à
les confondre dans le même lavis bleu, pour qu’on ne sache pas vraiment où
finit l’une ni où commence l’autre.
Arrivé
« intra-muros », je repère tout de suite l’hôtel de Pierre. Difficile
de faire autrement : plus central, il n’y a guère que la cathédrale… Ceci
fait, et comme le voyage m’a donné soif, je me mets en quête d’un bar et échoue
à la Belle Époque, rue de Dinan. Un troquet qui fait plus
« corsaire » que « Belle Époque », d’ailleurs : le sol
est recouvert de sable, de vieilles affiches colorées vantent les bienfaits du
rhum, et des toitures de paille surplombent le comptoir dont le bois est orné
de vieilles pièces de monnaie. Le patron n’est pas un vieux loup de mer à la
jambe de bois mais une blonde un peu pas mal. Fille de corsaire, sans doute. Un
Coca et quelques notes jetées sur mon carnet plus tard, je quitte le bar et
traîne dans la librairie d’occasion qui lui fait face. Je n’achèterai pas de
livres ce week-end : en ce moment, je ne manque pas vraiment de lecture.
Mais quand une librairie se trouve devant moi, les portes grandes ouvertes, je
ne peux pas résister… J’en visite une autre, située un peu plus haut, puis
rejoins les remparts.
Quel
génie, ce Vauban ! Quand je me balade dans une ville fortifiée, je
retrouve toujours en moi ce gamin qui se prend pour un archer du roy, une
sentinelle ou un artilleur, guettant l’ennemi à travers les meurtrières… Les
enfants s’amusent à poser à côté des canons, font semblant de viser la plage
(aujourd’hui, l’ennemi porte un maillot de bain et des lunettes de soleil, et
sa serviette de plage pourrait se révéler une arme de corps à corps des plus
dangereuses), et moi aussi, je fixe l’horizon, la main sur le pommeau de
l’épée, fier et brave. Les mouettes, elles, s’en foutent bien pas mal, de la
guerre et de la poliorcétique. Elles se baladent entre les touristes, elles sont
chez elles, elles n’ont peur de rien. La statue de Jacques Cartier est
surmontée d’un volatile qu’on croirait sculpté dans le même marbre, et peint en
blanc. Sur la Tour Bidouane, selon un gamin, les mouettes « font les
stars ». Imperturbables, elles sont prises en photo sous toutes les
coutures, aussi placides que des vaches mayennaises (mais plus promptes à
s’envoler).
À
l’heure prévue, je retourne au cœur de Saint-Malo, envoie à Pierre un
message : « De retour dans ton
Cartier », et passe près de lui sans le voir, alors qu’il est en train
de faire ses comptes dans son carnet. Avec les saltimbanques qui font leur show
sur la place et le public qui les regarde, j’avais la tête ailleurs.
Nous
allons déjeuner dans un petit restaurant, La Dent creuse, qui est un peu sa
cantine. Je prends des pennes aux quatre fromages et Pierre une salade. Toute
de suite, nous retrouvons nos grandes discussions habituelles, sur les
querelles Facebook, sur Nabe, Sollers, Zagdanski, sur le terrorisme, sur
l’Amérique, sur Daesh… Je trouve une parade pour ceux qui accusent les
Américains d’avoir créé Daesh et leur refusent, à ce titre, le droit de le
combattre : « Viktor Frankenstein a créé un monstre, et dès qu’il a
vu ce qu’il avait fait, il a cherché à le détruire ! » Nous causons
évidemment de Patience, la revue de
Nabe, dont le deuxième numéro va sortir, consacré aux attentats de janvier. Il
va sans dire que Nabe n’est pas Charlie
du tout. Charlie Manson, à la rigueur… Je reviens sur le premier numéro de Patience, dont je n’ai pu dépasser la
dixième page tant je l’ai trouvé pousse-au-crime. Nous attendons toujours le
fameux livre de Nabe sur le complotisme, après lequel Alain Soral et Dieudonné
sont censés se suicider – effet d’annonce piteux qui dynamite d’emblée son
œuvre, à mon avis… Pierre a encore un peu l’espoir que ce livre puisse être à
Nabe ce que Les Possédés furent à
Dostoïevski. Si seulement…
Après
cela, nous retournons sur les remparts. Avec le port à notre gauche et les
hautes façades des immeubles à notre droite, et les rues ouvrant de belles
perspectives qui invitent l’œil à aller se jeter au loin, dans la mer, nous
continuons à bavarder. Pierre me raconte comment Saint-Malo est venue s’imposer
dans sa vie, d’abord grâce à Aurora Cornu, à tel point qu’il songe même à venir
s’y installer plus tard, quand il aura pris sa retraite. C’est une chose à
laquelle je ne songe jamais, moi, la retraite. Sans doute parce que je ne la
toucherai pas de mon vivant… Nous causons aussi beaucoup de nos écrits, il me
parle de l’amie qui l’a motivé à se mettre à son œuvre en l’obligeant à lui
envoyer deux pages par semaine, discipline à laquelle il se plie
religieusement, et je lui parle de mon projet de livre sur Laval, qui m’amène à
regarder ma ville natale avec les yeux d’un touriste. (…)
On
descend donc sur la plage, et comme la mer est à portée de main, on va se
baquer. Je crois que ça ne m’est plus arrivé depuis 1912. Pierre part à
l’aventure, Indiana Jones des fonds marin, à la pêche au Léviathan et aux
sirènes. Moi, je reste où j’ai pied, me rappelant in extremis que je n’ai pas appris à nager. Quand on a bien fait
trempette, on reste un bon moment sur la plage à causer littérature et
écriture. Châteaubriant toujours, Simon Leys, Jean-François Revel, Chesterton…
Je cause aussi du grand projet de Jean-Yves Jouannais, L’Encyclopédie des Guerres – et d’en parler, d’ailleurs, me donne
envie de m’y replonger (au moins, dans la guerre, j’ai pied).
Nous
atterrissons au Saint-Patrick, pour y prendre l’apéro. Pierre m’explique que le
Port-Malo, juste en face, fut le fief de Nolwenn quand elle vivait ici. Pierre
prend un whisky et moi un Ice-Tea, la boisson sans alcool qui se rapproche le
plus du whisky quant à sa couleur, et nous continuons à causer de nos œuvres.
Je parle de mon projet sur Laval, mais aussi de mes autres projets en
jachère : d’abord de mon livre sur le voyeurisme, que Pierre m’encourage à
continuer. Il a raison, évidemment : j’ai un peu freiné sa rédaction (oui,
enfin, bon, je l’ai carrément stoppée, quoi !) en me disant que publier ce
genre de chose rendrait ma vie un poil plus compliquée qu’elle n’est
actuellement. C’est peut-être vrai, mais ça ne l’est pas forcément, et de toute
façon, avant de me poser ce genre de question, je n’ai qu’à l’écrire, ce
bouquin. Il sera toujours temps, ensuite, de me demander ce que je fais du
manuscrit, si je le publie tout de suite, ou si j’attends des jours plus
propices… Après cela, j’évoque aussi mon « roman fantastique ». Je
parle évidemment de Richard Matheson, ma principale source d’inspiration, et
j’apprends à Pierre qu’il est l’auteur de L’Homme
qui rétrécit, dont il a vu l’excellente adaptation cinématographique. Il me
demande si j’ai lu Robert Walser, qu’il compare, curieusement, à un Kafka
« en plus hard ». Comparer Walser à Kafka, oui, mais des deux je
n’aurais pas forcément dit que c’était Walser le plus radical… Je lui apprends
d’ailleurs la mort magnifique de Walser, seul dans la neige, au bout de sa
promenade quotidienne…
On
va dîner au P’tit Crabe, et ce sera le mauvais choix du jour. Il en fallait un,
évidemment, sinon le week-end aurait été trop parfait. Petite crêperie sans
aucun charme, avec la cuisine visible depuis la salle, un serveur en marcel aux
cheveux peroxydés, qui nettoie notre table avant qu’on ne s’y installe, et
pourtant cette table restera collante, douteuse… Les galettes sont bonnes, mais
pas inoubliables non plus. Pierre me dit le plus grand bien de la traduction de
Crime et châtiment par Markowicz, et
décidément, j’en viens à penser qu’il va me falloir un jour remplacer tous mes
Dostoïevski en Folio par leur équivalent en Babel, traduits par ce gars là.
« J’ai l’impression que Raskolnikov hurle à toutes les pages », me
dit Pierre. J’achèterai des boules Quiès en même temps.
Après
cela, on termine la soirée au quartier général de Pierre, à L’Excalibur, un bar
qui fermera ses portes bientôt, au grand dam de mon ami. Je me contenterai d’un
jus d’orange, Pierre de quelques marcassins (un peu comme Obélix quand il n’est
pas dans son assiette). Là, on reprend la discussion du début de l’après-midi,
sur les écrivains de la génération Tel
Quel et ceux qui ont suivi : Sollers, Nabe, Zagdanski. Pierre constate que Nabe, qui conchie
la culture dans toute son œuvre, est un auteur très « culturel »,
justement. Commencer son premier, roman, Le
Bonheur, par un monologue féminin s’ouvrant sur le mot « non »,
pour répondre au monologue final de Molly Bloom dans Ulysse qui s’achève sur le mot « oui », c’est très
culturel. De même que commencer Alain
Zannini par une phrase parodiant le « nel
mezzo del camin di nostra vita » de Dante. Et le problème de Nabe, qui
a pourtant beaucoup d’humour, c’est qu’il veut voir dans tous ces clins d’œil
des coups de génie. Quand il écrit L’Homme
qui arrêta d’écrire, excellent roman par ailleurs, et qu’il le fait en
réécrivant La Divine Comédie, c’est
très bien, mais il y a certaines facilités, comme de nommer un personnage
Virgile et de le faire jouer à un jeu vidéo appelé Inferno, ou d’inscrire au fronton d’un magasin H&M « Vous qui entrez ici, n’espérez pas
ressortir les mains vides », qui tiennent de la simple blague ! Un
peu comme Beigbeder écrit, dans L’Égoïste
romantique : « 11 septembre
2011. Attentat à New York. Après-midi piscine. » pour parodier
Kafka ! À ceci près que Beigbeder, lui, ne prétend pas faire autre chose à
cet endroit-là que de l’humour…
Cette
conversation nous suit, à moins que ce ne soit nous qui la suivons, jusque sous
les remparts, après que Pierre, ayant voulu fumer son cigare à l’endroit où il
le fait habituellement, place du Pilori, a décidé qu’il le ferait plus loin,
parce qu’il y avait trop de monde. Et sous les remparts, devant les mâts des
bateaux se balançant dans le port, nous causons surtout de Zagdanski et de son Pauvre de Gaulle !, de son Céline seul, de son Proust, de l’ensemble de son œuvre dans
laquelle il prétend sans cesse qu’il va écrire LE livre définitif sur telle ou
telle grande figure, et soit écrit un livre indigeste qui présente un Céline,
ou un Proust, qui n’existent que dans sa tête (l’argument de Céline seul étant que tout le monde
est antisémite, sauf Céline, et celui du Sexe
de Proust que Proust était un hétérosexuel refoulé, on applaudit bien
fort), soit ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes. Son livre sur De Gaulle,
qu’il présente comme un pamphlet génial qui remet les pendules à l’heure dans
un monde entièrement voué à la gloire de notre Grand Timonier à nous, m’avait
amusé, c’est vrai, lorsque je l’avais lu. Mais sa vision de De Gaulle, c’était
à peu près celle que j’avais toujours eue, héritée d’une éducation de gauche…
Rien de nouveau sous le soleil… D’ailleurs, il commence à pleuvoir. On parle
encore un peu de Léon Bloy, et puis la pluie nous fait comprendre que ça suffit
comme ça, les discussions littéraire, y’en a marre. Nous nous séparons, et je
rentre à l’hôtel sous la flotte.
28 août 2015.
Plongé
depuis quelques jours dans le dernier Jaenada, La petite femelle, consacré à Pauline Dubuisson. Un nouveau livre
de Jaenada, c’est toujours une bonne nouvelle : voilà un auteur qui,
jusqu’à présent, ne m’a jamais déçu. Dès le début, il nous fait l’aimer, cette
femme magnifique qui a été brisée par la société de son temps. « La
ravageuse », « la hyène », toutes les insultes lui sont tombées
dessus, crachées par les journalistes comme par les juges, qui ont dressé
d’elle un portrait inventé de toute pièce, qui ont créé une Pauline Dubuisson
qui n’existait que dans leurs fantasmes, une sorte de double monstrueux – et
Jaenada est allé disséquer la créature pour retrouver la petite fille, la
« petite femelle », qui se cachait en elle.
J’avais
lu pas mal de choses sur Pauline Dubuisson. Je ne m’étais jamais vraiment
intéressé à elle, mais j’avais lu des choses, comme j’ai lu des choses sur de
très nombreux criminels, et sur quelques criminelles. Je crois, d’ailleurs, que
je la confondais plus ou moins avec Violette Nozières.
1er septembre 2015.
Premières impressions sur Fear the Walking Dead. Je crains
que la première saison de ce spin-off ne souffre du même problème que la
première de The Walking Dead :
réduite à six épisodes, elle risque de se contenter de planter le décor, de
présenter les protagonistes et de s’achever, finalement, au moment où les
choses commencent à devenir intéressantes.
Il
y a une scène qui sonne particulièrement faux, un vrai stéréotype dans le genre
« je sais tout mais je ne dirai rien ». L’un des personnages
principaux, proviseure dans un lycée, amène dans son bureau un lycéen qui se
promène avec un couteau. Le gamin, rondouillard et bien entendu geek, a l’air d’en savoir plus long que
les autres sur cette étrange épidémie de « grippe » qui semble
s’étendre dans la ville. Et, alors qu’il se trouve face à une personne qui
semble compréhensive et prête à l’écouter, il se contente de sortir des phrases
sibyllines du type : « On est plus en sécurité en groupe »,
« Ils ont dit que ce n’était pas lié, mais c’est faux »… J’ai trouvé
la séquence complètement bidon, la proviseure, finalement, concluant d’un
simple : « Tu devrais passer moins de temps sur Internet ». Je
suppose que le spectateur, devant cette scène, est censé se dire :
« Ce gamin a tout compris mais personne ne veut l’écouter », alors
qu’il avait tout loisir de s’expliquer et qu’il n’a tout simplement rien dit.
Peut-être
aussi que cette scène se voulait parodique et que c’est moi qui cherche la
petite bête – après tout, ce n’est que du zombie
movie – mais c’est le genre de dialogue que je trouve absolument artificiel
et qui a le don de plomber complètement mon immersion…
10 septembre 2015.
Lecture
du livre de Thomas Clerc consacré au Xe arrondissement de Paris,
qu’il décrit rue par rue, avec une précision d’arpenteur. C’est vraiment une
tentative d’épuisement de cet arrondissement, pas tout à fait ce que je compte
faire avec mon propre livre, mais je ne peux pas m’empêcher d’étudier sa façon
de procéder…
13 septembre 2015.
Je consacre ce dimanche à mon projet
sur Laval, et j’écris près de six mille signes, ce qui me procure une grande
satisfaction. Dans ces moments-là, j’en viens complètement à oublier que je
dois absolument trouver un emploi rapidement, et que ça signifie, certainement,
faire un job que je n’aime pas, qui me prendra beaucoup de temps et m’empêchera
de me consacrer à ce qui compte réellement : l’écriture. C’est dans
l’écriture que j’éprouve vraiment la satisfaction du travail bien fait, quand
j’achève un article, une nouvelle, que j’avance dans un projet plus vaste…
Malheureusement, c’est sans doute la seule chose que je sache vraiment faire,
et c’est celle qui ne me rapporte rien.
19 septembre 2015.
D’habitude, je ne m’intéresse pas
beaucoup aux journées du patrimoine. C’est un tort, sans doute. J’ai décidé de
faire des efforts cette année, surtout à cause de mon Grand Projet. Je commence
par visiter les archives municipales, où je n’avais encore jamais mis les
pieds, à tel point que j’ignorais même où elles se situaient – au 1, rue Prosper-Brou,
juste après le pont de chemin de fer de la rue Solférino. Nous suivons la guide
à travers les différents magasins (cinq en tout) qui constituent les réserves
des archives. Le dernier magasin que nous visitons est rempli d’ouvrages très
anciens appartenant au fonds Lorrain-Portemer, et l’archiviste nous montre le
plus ancien document en sa possession : une Bulle apostolique sur la règle de Sainte Claire datant de 1651.
Puisqu’il semble qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une carte pour faire des recherches
aux archives municipales, j’y retournerai certainement pour travailler à mon
livre…
Je me rends ensuite au musée du Vieux-Château, pour voir
l’exposition Jean-Baptiste Messager avant qu’elle ne s’achève. J’admire les
techniques de dessin de Messager – depuis ses esquisses à la mine de plomb,
souvent rehaussées de gouache, jusqu’à ses huiles – et j’admire surtout son
obsession. Combien de fois il aura croqué les rives de la Mayenne, du côté
d’Avesnières, le château, les vieilles maisons de la Grande-Rue !... C’est
de cette obsession et de cette minutie que je dois me faire l’héritier, moi qui
veux « peindre » Laval aujourd’hui… Je découvre également le
photographe Benjamin Pépin, qui œuvrait au tout début de l’histoire de la
photographie (c. 1860 !), donc à la même époque que Messager. Il y a
d’ailleurs, dans cette exposition, une photo de Pépin et une mine de plomb de
Messager qui représentent exactement la même vue de la vallée Saint-Julien. Une
vue du viaduc depuis le palais de justice par Pierre-Ambroise Richebourg (XIXe
siècle) montre la future place du Onze-Novembre – qui devait encore s’appeler
place de la Chiffolière – couverte d’arbres.
20 septembre 2015.
Je
lis Il était une ville, de Thomas B.
Reverdy, autre roman de la rentrée que je ne voulais pas rater. Le titre est un
peu plat, mais j’apprécie la manière qu’a Reverdy d’installer ses personnages,
d’amener la fiction. Rien de révolutionnaire, mais il sait créer un cadre dans
lequel les événements vont avoir toutes les chances de se produire, amener un
climat propice à la catastrophe…
Parfois,
je me sens handicapé dans mon écriture, limité, je sens qu’il y a des choses
que je « ne sais pas faire ». Je devrais pourtant avoir dépassé ces
incertitudes, depuis le temps que j’écris, mais j’ai encore trop souvent
l’impression de ne pas – ou plus – savoir écrire. Il y a des moments où la
lecture me donne envie d’écrire, et d’autres moments où elle me décourage, me
donne l’impression que je ne saurai jamais « faire ça ». Je suis une
éponge, quand je démarre un projet ambitieux, je m’imprègne de tout, mais je
deviens aussi sensible à tout – à ce qui nourrit mon écriture comme à ce qui la
décourage, la freine… Ce n’est d’ailleurs pas vraiment le cas du roman de
Reverdy, je décris un sentiment plus général…
23 septembre 2015.
Lecture
d’Un livre blanc, de Philippe Vasset,
qui se passionne pour les zones blanches des cartes. « Qu’y a-t-il dans ces lieux théoriquement vides ? Quels
phénomènes ont été jugés trop vagues ou trop complexes pour être représentés
sur une carte ? Pourquoi ces occultations suspectes ? »
Alors, il part se perdre dans ces zones, où il fait parfois de mauvaises
rencontres, et dont il essaie de donner une description, une identité
définitive, tout en constatant qu’il s’agit bien souvent de territoires voués à
une disparition ou à une réhabilitation future. Et ce livre, très bref, est
aussi un constat de la difficulté, voire de l’impossibilité, à dire ces zones –
à dire la ville.
24 septembre 2015.
Je
manque vraiment de méthode pour travailler à mon projet sur Laval. Malgré les
photos prises la première fois que je suis allé me promener là-bas et tout ce
que j’ai pu noter sur mon carnet, j’ai dû retourner faire des repérages rue
Franche-Comté et prendre de nouveau un tas de notes. Il s’agit là de la
première « promenade » que je compte écrire, qui suit l’ancienne voie
romaine reliant la Bretagne à Paris, et qui correspond à un itinéraire allant à
peu près de la rue Saint-Jean à la rue du Mans. Je ne me suis pas amusé à mesurer
la distance, mais je dirais qu’il y en a pour 2,5 km, quelque chose comme ça.
Maintenant que je me suis lancé dans la rédaction, je me rends compte à quel
point ce travail va être compliqué. Je dois absolument établir mes itinéraires
à l’avance et m’arranger pour n’avoir à parcourir le terrain qu’une fois, deux
à la rigueur. Passe encore pour le centre-ville que je traverse tous les jours,
ou les quartiers d’Hilard et de Bel-Air où j’habite, mais je ne peux pas me
permettre de retourner à chaque fois sur les lieux pour vérifier si c’est la
porte du n° 17, ou celle du 19, qui est surmontée d’une poutre ouvragée ou d’un
balcon Louis XIV, quand Google Maps ne peut pas me renseigner là-dessus…
Pourtant,
je ne dois pas perdre de vue l’idée que ce projet doit être une invitation à la
flânerie. Je suis tenté par l’exhaustivité, mais je dois conserver mon regard
de dilettante. Évoquer l’histoire sans être scolaire, surtout – et accepter,
aussi, de ne pas tout remarquer.
La
« tentative d’épuisement » est un genre qui m’intéresse, évidemment,
mais je ne dois pas oublier que c’est avant tout les errances parisiennes
d’Henri Calet que j’avais en tête, quand j’ai commencé à écrire sur mes
promenades lavalloises, d’abord sur mon blog, avant même de songer à ce livre…
Comment
raconter la ville ? J’en suis à me poser cette question qui a animé tous
les auteurs que Philippe Vasset recense dans son Livre blanc : François Maspéro, Iain Sinclair et son London Orbital, François Bon et son Paysage Fer, Jean Rolin et La Clôture… Auxquels j’ajoute, donc,
Thomas Clerc et son Paris, musée du XXIe
siècle, et Perec, évidemment…
En
choisissant des itinéraires de promenade, je renonce à l’exhaustivité. Il y
aura, fatalement, des rues dont je ne parlerai pas, parce qu’elles ne feront
pas partie de l’itinéraire, parce qu’il n’y aurait aucune logique à revenir sur
mes pas pour les emprunter. Cela m’oblige à des choix qui m’inquiètent :
comment décider de sacrifier telle ou telle rue ? Je n’ai pas encore
vraiment réfléchi à la question (je commence demain). Thomas Clerc, quand il
s’est attaqué au Xe arrondissement de Paris, a procédé par ordre
alphabétique. C’est exactement ce que je ne veux pas faire pour Laval, d’une
part parce que ça a déjà été fait deux fois – par Olivier Chiron au début du XXe
siècle et par Gilbert Chaussis dans les années 90 – et que ça va bien comme ça.
Et d’autre part, parce que l’ordre alphabétique ne dessine pas une ville, il
isole chaque rue en l’amputant de ses embranchements, en l’exilant de son
quartier, de son faubourg… Je veux (je voudrais) que le lecteur comprenne quel
chemin il parcourt quand, partant de la rue Saint-Jean, il rejoint le centre
par la rue des Bouchers, la rue de Franche-Comté, la rue de Rennes, traverse le
Carrefour aux Toiles et grimpe la rue Renaise pour entrer dans le Vieux-Laval,
redescendre vers la rivière par la Grande-Rue, traverser le Vieux-Pont, etc.,
et qu’il passe successivement devant l’église Saint-Martin, celle des
Cordeliers, la cathédrale, le château, l’église Saint-Vénérand…
J’aimerais
que le lecteur qui ne vit pas à Laval (le lecteur de province) puisse se faire,
en me lisant, une assez bonne idée de la ville – c’est pas gagné – et que le
lecteur mayennais puisse éprouver l’envie de redécouvrir la ville en se
baladant, mon livre à la main. Allez, c’est ça : quand tout sera fini, je
veux voir des tas de Lavallois avec mon bouquin dans les rues !
3 octobre 2015.
Il
est quand même très fort, cet Alexandre Astier. Je regarde son Exo-conférence, qui vient de sortir en
DVD et que j’attendais depuis longtemps : parodie de conférence à
l’américaine destinée à « régler la question de la vie
extraterrestre ». Astier a vraiment trouvé son style, ce mélange d’humour
et de considérations scientifiques ou culturelles pointues ; une manière
bien à lui d’éveiller la curiosité de son auditeur et de lui apprendre des
choses sans jamais cesser d’être drôle, et sans jamais verser dans la pédagogie
façon « apprendre en s’amusant ». Il a fait énormément de recherches
pour ce spectacle, il a interrogé des astrophysiciens, des spécialistes des
phénomènes atmosphériques non-identifiés, et toutes ces connaissances passent
merveilleusement bien dans cette conférence dont on ressort avec l’envie de
scruter les étoiles. Manque de pot, depuis ma fenêtre, le ciel se fait toujours
trop petit.
5 octobre 2015.
Fringale
de science-fiction depuis quelques jours, moi qui n’ai jamais été très porté
sur ce genre quand j’étais jeune. C’est sûrement lié à la lecture de Matheson,
même si la science-fiction n’a jamais été son genre de prédilection, et le
visionnage du spectacle d’Astier n’a rien fait pour arranger les choses. Bref,
après avoir terminé La Guerre des Mondes,
que je n’avais jamais lu – c’est dire si je suis en retard dans ce domaine – je
commence la lecture de Seul sur Mars,
d’Andy Weir. Le style de l’auteur est plutôt médiocre (à moins
que ce ne soit la traduction qui ne lui rend pas justice), mais l’aspect
« survie en milieu hostile » m’intéresse, alors pourquoi pas…
9 octobre 2015.
Le problème, avec ce roman d’Andy
Weir, ce sont les personnages, qui ne sont tous définis que par un ou deux
critères répétés inlassablement. La femme qui commande l’équipage qui a quitté
Mars précipitamment en laissant pour mort l’un d’entre eux se résume à deux
choses : elle culpabilise d’avoir abandonné cet astronaute, et elle est
fan de disco. Ça fait maigre sur le CV. Mark Watney lui-même, le biologiste qui
se retrouve seul sur Mars, donc, ne nous apprend rien de très consistant sur sa
vie avant cette mission. Il n’est pas marié, n’a pas d’enfants (c’est
pratique), et comme les astronautes sont entraînés à réagir rapidement et avec
sang-froid à n’importe quelle catastrophe, on ne peut pas dire qu’on tremble
beaucoup pour lui : on sait qu’il va gérer les problèmes. D’autant plus
que c’est son journal de bord que tient le lecteur. Les événements dramatiques qui
pourraient constituer un peu de suspense sont donc racontés après coup. Ce
n’est pourtant pas une mauvaise histoire, mais j’ai eu le sentiment
désagréable, en le lisant, d’avoir une ébauche sous les yeux, quelque chose qui
aurait pu être pas mal si son auteur avait pris la peine de l’écrire…
3 novembre 2015.
Il
y a déjà plusieurs semaines que je me suis replongé dans Bivouac sur la Lune, le livre que Norman Mailer a consacré à la
mission Apollo 11.
Le
premier pas de l’homme sur la Lune a été consacré.
« Dans le silence, Aldrin prit le pain,
le vin et le calice qu’il avait apportés dans son sac d’effets personnels et il
les déposa sur la petite tablette devant l’ordinateur du système d’interruption
de navigation. Puis il lut quelques passages de la Bible et célébra la
communion. “J’aurais voulu observer comment le vin coulait dans cet
environnement, mais le moment n’était vraiment pas approprié. La façon dont il
coulait dans le calice n’avait pas d’importance ; ce qui importait c’était
que le vin fût dans le calice.” – Et aussi on peut le supposer de ne pas
renverser ce saint sang du Seigneur. »
Plus
loin, Norman Mailer note les impressions de Buzz Aldrin après
l’alunissage :
« Un ciel noir de minuit et pourtant
sur le sol lunaire, “on pourrait presque retrousser ses manches de chemise et
se faire bronzer, devait dire Aldrin. Je me rappelle avoir pensé : ‘Bon
sang, si je ne savais pas où j’étais, je pourrais croire que quelqu’un a créé
ce paysage quelque part dans l’Ouest pour nous faire effectuer encore une
simulation.’”
Dans le désert du
Nevada, avec Stanley Kubrick à la caméra ?
5 novembre 2015.
Soirée
cinéma, devant l’adaptation de Seul sur
Mars par Ridley Scott. Un film assez quelconque adapté d’un livre assez
quelconque : je ne m’attendais pas, de toute façon, à une grande surprise.
Il reste que je trouve l’idée de base du roman intéressante, mais son
exploitation décevante. Au fond, du début à la fin, l’astronaute oublié sur
Mars ne semble jamais vraiment inquiet de son sort, il paraît toujours
maîtriser la situation, et comme il ne s’agit pas non plus de faire un film sur
la solitude, cette histoire donne l’impression de n’avoir aucun enjeu réel. Ce
n’est pas un mauvais film, c’est juste un film banal…
8 novembre 2015.
Levé
tard. Je suis nettement plus fainéant que les agents du RAID, qui ont pris
d’assaut une maison de Saint-Denis dès quatre heures du matin, pour y tenir un
siège de plus de sept heures. Dans ces moments-là, j’ai toujours en tête
l’image du siège de Choisy-le-Roi durant lequel est mort Bonnot. Il faudrait,
un jour, faire une étude comparative de tous ces forts Chabrol qui hantent la
mémoire de la police, et la nôtre…
25 novembre 2015.
Eh
bien ! Les relations internationales s’améliorent, ça fait plaisir… La Turquie
ayant descendu un chasseur russe qui « violait » son espace aérien et
livré son pilote à la Syrie, nous voilà dans une situation qui n’est pas sans
rappeler celle de l’Europe au lendemain de l’assassinat de l’archiduc
François-Ferdinand. À ceci prêt que c’est encore plus bordélique que ça :
c’est exactement comme si, en 1914, l’Allemagne, notre ennemie, avait fait
partie de la Triple-Entente ! Au moment même où nous nous allions avec la
Russie pour combattre Daesh, la Turquie, qui en temps que membre de l’OTAN est
officiellement notre alliée, se range du côté de Daesh et attaque la Russie.
Ah ! L’OTAN… Ce machin censé nous garantir la paix et qui risque de nous
précipiter dans une guerre absurde… Si
vis bellum para pacem !
28 novembre 2015.
J’envie
ceux qui y voient clair dans ce qui se passe du côté de la Syrie. En ce qui me
concerne, plus les jours passent, et moins je vois de solutions au problème. Y
aura-t-il de la guerre à Noël ?
J’ai du mal à
comprendre le raisonnement de ceux qui se contentent de rappeler que
la France a longtemps engraissé les pays du Moyen-Orient qui nous prennent pour
cible aujourd’hui (oui, certes, et alors ? Si un armurier se fait tuer par
le revolver qu’il vient de vendre, cela reste un meurtre, non ?), et qui
semblent plus préoccupés par l’état d’urgence que par
les djihadistes… Sans doute que nous payons pour notre impérialisme forcené et
notre habitude à fourrer « notre
gros nez démocratique dans leurs affaires de merde moyenâgeuse »,
comme le dit Pierre sur son mur Facebook. Mais ce sont aussi nos
« valeurs » républicaines que Daech vise : nos lois sur le
voile, notre laïcité, notre politique d’intégration… Tôt ou tard, de toute
façon, ils nous auraient attaqués. Alors, est-ce qu’envoyer des avions bombarder
Raqqa revient à participer au déchaînement de violence ? C’est possible,
bien sûr : ces représailles entraîneront d’autres représailles, qui
entraîneront d’autres représailles… Mais si nous ne faisons rien, comment
espérer en finir avec Daech ? Je vois bien les discours sociaux qui
tenteront de nous faire avaler que c’est en ouvrant des écoles et en
travaillant avec les jeunes des banlieues que l’on vaincra les terroristes…
Oui, bien sûr, peut-être que sur le long terme, cela aura quelques effets
positifs, mais que doit-on faire maintenant ?
Le jour où un djihadiste me menace d’une kalachnikov, je veux bien lui faire un
cœur avec les mains, mais je ne suis pas sûr que ça l’attendrisse…
Je
lis justement le 1914 de Jean-Yves Le
Naour – premier tome de son essai historique sur la Première Guerre mondiale –
et suis plus que jamais intéressé par les prémices de la guerre. C’est d’autant
plus intéressant qu’en 14, la guerre est vraiment arrivée comme un cheveu sur
la soupe, le prétexte de la mort de l’archiduc François-Ferdinand ayant été
particulièrement fallacieux. Ce n’était pas tant l’Autriche-Hongrie qui avait
envie de faire la guerre, que la Russie et l’Allemagne – et le gouvernement
français a été pour ainsi dire mis devant le fait accompli. Et tout en lisant,
je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec ce qui est en train de se
passer, notre attente presque hébétée de ce qui pourrait encore arriver de pire
que ce qui s’est produit ces derniers jours… Bientôt, cela aussi fera partie de
l’Histoire, comme la Grande Guerre, et on pourra beaucoup mieux définir les
responsabilités de chacun, les erreurs commises et leurs répercussions – mais
pour l’instant, il faut naviguer à l’aveugle, tâtonner… et bienheureux celui
qui arrive à se montrer clairvoyant dans tout ce merdier !
2 décembre 2015.
À
chaque époque ses amalgames ! La « chasse aux allemands » qui
s’engage un peu partout en France, dès les premiers jours d’août 1914, les bons
citoyens français allant méthodiquement défoncer les vitrines des boutiquiers
aux noms à consonance un peu trop germanique, ou casser la gueule du voisin à
l’accent un tantinet étranger, résonne bizarrement dans cette
« actualité » pour le moins troublée. Le Naour évoque des anecdotes
parfois atroces, mais aussi des procédés beaucoup plus amusants, tels que les
changements de toponymie systématiques, la rue d’Allemagne étant rebaptisée rue
Jean-Jaurès, la station Berlin devenant « station Liège », etc.
Jusqu’aux friandises qui changent de noms, les berlingots devenant des
parigots…
3 décembre 2015.
Une
chose, tout de même, qui a changé depuis 1914 : le ton des journaux !
En août 14, tous les journaux s’accordaient pour dire que nos joyeux poilus
allaient de victoire en victoire et que les Boches crevaient de faim et subissaient
des pertes considérables, alors que c’était le contraire qui était vrai :
les Allemands avançaient comme un rouleau compresseur en direction de Paris
quand la presse française prétendait qu’ils reculaient partout. Aujourd’hui,
tout de même, les journalistes ne croient pas leurs lecteurs aussi naïfs. Aucun
n’aurait le culot de prétendre qu’en nous lançant dans une guerre contre Daech,
nous avons toutes les chances de vaincre, et avec le sourire. Au contraire,
chaque quotidien, d’un bord ou de l’autre, pèse le pour et le contre, évalue
nos chances… et aucun, à ma connaissance, n’a cherché à cacher cet élément qui
serait hilarant s’il n’était aussi tragique (et réciproquement) : l’État
français ayant vendu ses bombes à l’Arabie Saoudite, il doit en commander aux
États-Unis, qui ne peut lui en fournir pour l’instant… Une information de ce
genre, en 1914, aurait été immédiatement censurée, et si un journaliste avait
tenu à la faire connaître par tous les moyens, il serait passé en conseil de
guerre vite fait bien fait… En 2015, nous sommes certains d’une chose :
notre armée est totalement incompétente, et la guerre qui s’engage, et dont personne ne veut, est perdue
d’avance. Voilà de quoi nous rassurer pour les fêtes !
13 décembre 2015.
Alors que tout
le monde suit les résultats des élections régionales, je vais voir Le Pont des espions, le dernier
Spielberg, au cinéma. Un film très bien mené, le duo Tom Hanks/Mark Rylance est
impeccable, et je dois avouer que les premières images m’ont conquis tout de
suite, notamment les décors de Brooklyn dans les années 60, et la scène qui
voit Rudolf Abel (Mark Rylance) peindre son autoportrait. Je suis souvent
touché par le geste du peintre ou du dessinateur dans un film…
samedi 10 août 2013
Le retour de la plus petite apocalypse du monde
Journal d'oisiveté
Juillet 2013
Lundi 1er
juillet.
Je rédige
mes deux dernières bios ce matin et les envoie en début d’après-midi. Pour que
le changement ne soit pas trop brusque après ce week-end parisien, le soleil a
décidé de s’afficher même à Laval, et je déambule entre les jambes des femmes
comme un bienheureux.
Puisque
c’est la période du Tour de France, j’ai décidé de retrouver Stevenson et son Voyage avec un âne dans les Cévennes.
Ce soir, je
vais voir Man of Steel. L’évangile
selon Clark Kent. Un Christ parfait, ce Superman : envoyé par son
père pour sauver l’humanité ; la première fois qu’on le voit apparaître
dans le film, il est barbu ; il est âgé de trente-trois ans ; et pour
enfoncer l’hostie, il s’envole avec les bras en croix en quittant son
père !... Le film est plaisant,
mais ce qui m’a frappé en le regardant, c’est qu’on ne croit pas une seconde à
la menace qui pèse sur la Terre. Deux heures d’explosions non-stop, d’immeubles
qui s’effondrent dans de grands fracas de verre et d’acier – tout ça pour
s’apercevoir qu’au fond, ce n’est que ça : du verre et de l’acier. Jamais
on ne voit de victimes, je veux dire de vraies victimes ensanglantées –
seulement des rescapés aux vêtements noirs de poussière. C’est une apocalypse
qui ne concerne que les BTP, et je pense que c’est le principal problème du
film. On est dans du grand spectacle, personne ne dira le contraire, mais ça
reste de la baston de saloon inoffensive. Au lieu de s’écrouler sur des tables
dans de grands éclats de verres et de bouteilles, Superman et ses ennemis,
encaissant un coup, traversent une demi-douzaine de buildings dans les mêmes
grands éclats de verre. Mais ces buildings sont vides : pas de cris de
panique, pas de corps étendus sur l’asphalte, pas de mains sortant des gravats…
On en vient à se demander quel réel danger, au fond, court l’humanité.
Pourtant, ce n’est pas faute de nous en mettre plein la vue – mais c’est la
mort qui nous est cachée. Et quand un personnage est tué (le père), il trouve
le moyen de revenir en hologrammes pour aider son fils !
Mardi 2 juillet.
Je rédige
mon journal du week-end, ce qui me prend du temps, et comme les jours ne
s’arrêtent pas de passer, le retard dans ce journal va s’accumuler… Il n’y a
pas un bouton « pause » quelque part ?
Mercredi 3
juillet.
Écriture de
ma chronique sur le héros, thème choisi au dernier moment, et à défaut
d’autre chose. D’ailleurs, c’est un peu de cette façon que je les choisis
chaque semaine… Du coup, je me demande bien de quoi je causerai la prochaine
fois !
J’ai des
envies de films sanglants, en ce moment, et je revois Scream ce soir.
Jeudi 4 juillet.
Je suis
plutôt occupé par l’écriture, en ce moment, et je n’étais vraiment pas sûr
d’avoir envie de rejoindre Anthony et toute la bande aux Artistes pour un apéro
– d’autant plus que le ciel avait été plutôt couvert dans l’après-midi. Mais
voilà qu’à cinq heures, le soleil est revenu comme un invité de dernière
minute, et je me suis dit que l’écriture pouvait attendre.
Anthony est
avec Gabriel, Fabien, Guillaume Payen, un certain Clément, une fille dont
j’ignore le prénom, et qui tous travaillent à ERDF. Il y a également
Jean-Michel avec ses enfants, et les autres nous rejoignent petit à
petit : Stan, Line et Joséphine, Mickaël, Candice, Muriel, Yoan, Antoine…
Comme il y a des enfants, il est question des enfants, mais aussi de Zapoï (dont quelques exemplaires sont
posés sur les tables)… et du boulot, puisque Anthony, qui soupçonne Candice et
l’amie de Gabriel de se raconter des anecdotes de travail, est entouré de ses
collègues.
Je ne reste
pas très longtemps, afin de me remettre au travail sans y passer toute la
soirée. Dit comme ça, on croirait presque que j’ai décidé d’adopter enfin une
bonne discipline. En réalité, je m’octroie beaucoup de temps pour glander
aussi…
Vendredi 5
juillet.
Je pensais
passer au lycée une dernière fois pour aller consulter les tableaux des
résultats du bac et revoir les quelques collègues qui travaillent encore en ce
moment – mais j’y ai renoncé, finalement. Je prendrai le journal demain pour
voir les résultats.
Samedi 6 juillet.
J’ai une
commande d’articles sur des jeux vidéo et des thématiques cinéma à rendre en
début de semaine prochaine, il est temps que je m’y mette.
Dimanche 7
juillet.
Je vais voir
World War Z, en m’attendant au pire.
À vrai dire, ce n’est pas un mauvais film, il y a même des scènes assez
impressionnantes – le réalisateur ne mérite pas l’éreintement auquel il a eu
droit de la part des critiques. Alors, certes, les puristes du genre vont
s’offusquer : « Les zombies ne courent pas ! » Il faudrait
que tous les morts-vivants règlent leur pas sur celui de Bill Hinzman, le
premier zombie à apparaître dans La Nuit
des morts-vivants de Romero. C’est bien lui la référence en la matière, lui
qui a donné une allure, un comportement aux morts-vivants : lents,
boiteux, maladroits, plus sensibles au son qu’aux couleurs, etc. Mais il y a déjà
un petit moment que les films comme 28
jours plus tard ont donné un nouveau rythme aux individus infectés par les
virus étranges que concoctent les cinéastes – même si dans 28 jours plus tard, il n’est jamais question de zombies, mais
d’enragés. Max Brooks, dans son roman World
War Z, décrit bien des zombies lents, à la Romero. Mais au fond, ce n’est
pas vraiment le problème.
Bill Hinzman dans La Nuit des morts-vivants
Je
m’attendais à ce que le film n’ait absolument rien à voir avec le livre de Max
Brooks, qui est plutôt inadaptable au cinéma, mais là c’est quand même
impressionnant. À part le titre, j’ai du mal à voir un rapport entre les deux…
Sans compter Brad Pitt qui part d’un pays à l’autre pour trouver une solution à
la peste zombie alors qu’il n’y a aucun personnage principal dans le roman (ou
disons plutôt qu’il y en a autant qu’il y a de chapitres), le grand défaut du
film, c’est qu’il donne l’impression que tout se passe à cent à l’heure et que
le problème se retrouve réglé en l’espace d’une semaine, alors que Brooks
raconte une guerre mondiale qui s’inscrit dans la durée. Il aurait pourtant été
possible de reprendre des éléments du roman, de montrer différents conflits aux
quatre coins du monde (pas seulement sous forme d’extraits de journaux
télévisés), la bataille de Yonkers ou de Hope, des militaires en lutte contre
des hordes de morts-vivants… Mais non, tout tourne autour du personnage
interprété par Brad Pitt, or on ne fait pas la guerre tout seul. Une suite est
annoncée. Ce pourrait être une bonne nouvelle, qui règlerait au moins ce
problème de la rapidité apparente du conflit – mais pour retrouver un peu de
l’esprit du livre, il faudrait que cette suite démarre en Chine, par exemple,
ou en Russie, avec des acteurs chinois ou russes. Si c’est pour voir encore
Brad Pitt cavaler d’un avion à l’autre pendant deux heures…
Reste un bon
divertissement agrémenté de scènes choc, qui ne révolutionne pas le genre, mais
qui est loin de la médiocrité annoncée.
Le reste de
ma journée est consacré à la rédaction de trois articles.
Lundi 8 juillet.
Je fais un
dernier article ce matin pour pouvoir renvoyer ma commande en début
d’après-midi. Je dois consacrer cette semaine à ma chronique et au prochain
épisode de Bag of Bones, avant de
revenir aux biographies. Désormais, j’ai toujours au moins un texte à rédiger
chaque jour, voire plus – ce qui est un indéniable progrès sur mon oisiveté
passée. Mais ça n’empêche pas la procrastination…
Avec ce
soleil et cette chaleur me revient l’envie de me promener autour de Laval, pour
en tirer peut-être de nouveaux textes. Mais il faudrait que j’aie la volonté
d’ajouter à tout ce que j’écris en ce moment d’autres pages – et c’est à cet
endroit que la procrastination revient se greffer. Demain, je m’organiserai
mieux…
Mercredi 10
juillet.
Puisque les
coureurs du Tour de France passeront en Mayenne demain, sur l’étape
Fougères-Tours, j’ai décidé que ma chronique serait consacrée au sport. C’est
un thème que j’avais noté dans ma liste avant même de publier ma toute première
chronique, en mars, mais que je gardais en réserve, craignant de n’avoir pas
beaucoup de matière pour l’alimenter. Finalement, je ne m’en suis pas trop mal
sorti. Désormais, chaque semaine, le sujet de mon texte du jeudi est un
mystère. Même – et surtout – pour moi.
Jeudi 11 juillet.
Toujours
quelque chose à écrire : aujourd’hui, c’est un épisode de Bag of Bones. Il y avait une éternité
que je n’avais plus repris ce feuilleton, puisqu’un numéro de Tranzistor, celui du printemps, a sauté.
Je crois que la rédaction de l’épisode précédent remonte au mois
d’octobre !
Le soir, je
regarde Je suis une légende, avec
Will Smith – qui est un très bon film, ma foi, même s’il est une adaptation
très libre du roman de Matheson.
Dimanche 14
juillet.
Loin des Marseillaise et des engouements
patriotiques, je me consacre à mes textes de commande et achève la lecture de L’Homme des morts, de V.M. Zito, encore
une histoire de zombies – un roman qui m’a plu d’ailleurs, et Dieu sait
pourtant que la littérature n’est pas favorable aux morts-vivants, bien que
Richard Matheson ait ouvert la voie en 1954 avec Je suis une légende. Matheson qui, d’ailleurs, est mort le 23 juin
dernier, comme je viens de l’apprendre…
Ce soir,
tout de même, je sors profiter de la fraîcheur de la soirée – fraîcheur toute relative :
on peut se balader en tee-shirt sans crainte d’attraper froid – à l’occasion du
feu d’artifice. Je ne suis pas sensible à ce genre de spectacle, mais j’en
profite pour regarder les filles. Après le bouquet final, en creusant mon
sillon à travers la foule, j’ai surpris à deux reprises le genre de réflexions
« beauf » qu’on entend dans ces moments-là : « Ah !
Là, on les a vu partir, nos impôts ! »
Bien sûr, si
je trouve cette remarque ridicule, c’est certainement parce que je n’en paie
pas, d’impôts…
Lundi 15 juillet.
Le directeur
d’un lycée de Mayenne m’appelle aujourd’hui pour me proposer un poste de
« documentaliste et lettres modernes » (je suppose qu’il faut
comprendre « et professeur de français » ?) pour la rentrée, en
remplacement d’un congé maternité. Je le verrai la semaine prochaine pour en
discuter. Je ne vais pas trop m’emballer cette fois, de peur de voir le poste
me passer sous le nez comme en mars dernier. Évidemment, ce qui m’inquiète un
peu, c’est l’aspect « et lettres modernes » ; j’ai déjà
suffisamment écrit ici même combien je m’imaginais difficilement affronter une
classe d’une trentaine d’élèves…
Je me suis
lancé dans la lecture de Jules Verne – que je n’ai pratiquement jamais lu, je
dois l’avouer – en commençant par De la
Terre à la Lune. Je compte écrire un de ces quatre jeudis une chronique sur
la lune, où j’évoquerai Jules Verne, Laforgue, Cyrano de Bergerac (il faudra
que je lise également Les États et
empires de la Lune) et Camille Flammarion, entre autres…
Reçu une
assez grosse commande d’articles à rédiger et à rendre la semaine prochaine
(mercredi au plus tard). Il va donc falloir que dès demain, je m’occupe de ma
chronique. Comment vais-je pouvoir m’organiser, en septembre, si je travaille à
nouveau ?
Mardi 16 juillet.
Voilà, ma
chronique est prête pour jeudi. Je vais donc pouvoir – dès demain, parce que je
ne suis pas un bourreau de travail – m’occuper de la commande d’articles reçue
hier. Une dizaine d’articles entre 2000 et 3000 signes. J’ai intérêt à en faire
au moins deux par jour, et plus si affinités…
Mercredi 17
juillet.
Je suis
vraiment un indécrottable loser… Alors que je devrais me réjouir que le lycée
de Mayenne me propose une nouvelle fois de travailler avec eux, je n’en ressens
que de l’angoisse. En mars, ils me proposaient un poste de documentaliste, et
j’étais parfaitement ravi de cette chance – mais je n’ai pas été pris. Cette
fois, il faudrait vraiment que je le sois… mais l’idée d’être à la fois
documentaliste et prof de français me
terrorise. Je ne sais même pas comment on prépare un cours, moi ! Et à
quel moment je saurai quel est le programme de l’année ? Et de combien de
classes devrais-je m’occuper ? Une fois de plus, il est idiot de
s’inquiéter avant même d’avoir passé l’entretien, mais je ne peux pas m’en
empêcher…
Écriture
d’un texte sur L’Écume des jours – le
film de Gondry. Je comptais écrire deux textes aujourd’hui, mais celui-ci
épuise toute mon énergie (déjà plutôt pauvre, avouons-le). Pourtant, ces petits
articles de commande ne me posent généralement pas de problèmes…
Jeudi 18 juillet.
Anthony et
ses collègues ont prévu un apéro aux Artistes. J’ai un texte en chantier,
encore un petit texte de 2000 signes qui ne devrait pas me poser trop de
problèmes, surtout que je l’abandonne après en avoir rédigé la moitié, laissant
la suite pour ce soir. Je retrouve donc Fabien et Anthony aux Artistes,
Guillaume Payen nous rejoint, puis Candice, Séverine et Simon accompagnés de
Capucine, Yoan, Marie et Charles, et quelques autres… Il est question de la
dernière livraison de la revue Feuilleton
et notamment de l’article consacré au « pickpocket » Apollo Robbins,
de la première victoire française du Tour de France, des baies de goji, mais
surtout des vacances et des voyages, Anthony et Candice ayant prévu d’assiéger
Berlin, Charles et Marie se rendant sur la Côte d’Azur… Okay, s’il en faut un
qui reste en Mayenne pendant ce temps, je serai celui-là (une fois de
plus) ! Charles me propose tout de même, pour l’été prochain, de l’accompagner
dans des randonnées en montagne. Je suis partant – mais qu’en sera-t-il de ma
vie l’année prochaine ?...
Séverine et
Simon ayant acheté un mölkky, il est décidé que nous en ferons une partie au
square de Boston. Un peu hésitant d’abord (il faut que je me remette à écrire,
bla, bla, bla…), je me laisse convaincre. Après une escale au Marché Plus pour
acheter quelques victuailles, nous nous retrouvons donc au square. C’est là que
Séverine et Simon s’aperçoivent qu’ils ne retrouvent pas le carnet de mölkky
censé accompagner leur jeu. Ce mystère demeurera, heureusement Yoan possède une
application « mölkky » sur son téléphone portable – nous sommes
sauvés. On commence par la répartition des équipes, que l’on choisit d’établir
en fonction des bacs passés par chacun de nous. C’est ainsi que Candice et Yoan
forme l’équipe des bacs ES, Anthony et Simon celui des bacs D, et Séverine,
Marion et moi celui des bacs L. La partie commence très bien : les L
remportent la première manche, grâce à un esprit d’équipe en béton armé et au
lancer final de Séverine. La deuxième manche est gagnée par les bacs D, et la
troisième par les bacs ES. Il faut donc une bonne fois pour toutes nous
départager, et c’est Anthony et Simon qui remportent la victoire finale. Les
scores ont été serrés, le suspense intense jusqu’au bout : aucun de nous
n’a démérité, même pas Capucine qui se faisait dans son coin une partie d’Angry Birds (ou d’autre chose).
De retour
chez moi, je me remets à mon texte, atteins enfin – avec les plus grandes
difficultés – les 2000 signes… tout en me disant, comme hier, que ce genre de
textes, habituellement, ne me pose pas autant de problèmes. Du coup, par
curiosité, je vérifie ma commande : il s’agissait de textes de 1000
signes ! Nom de Dieu ! Depuis hier, je me suis fatigué à rallonger la
sauce de mes textes pour rien, et
maintenant je dois supprimer une partie de ce que j’ai fait. Si je n’avais pas
peur de me faire mal, je me mettrais des gifles…
Vendredi 19
juillet.
Le plus
ennuyeux dans cette histoire, c’est que si je ne m’étais pas échiné à écrire
des textes trop longs, j’aurais pu en écrire quatre ces deux derniers jours, au
lieu de n’en pondre que deux… Du coup, aujourd’hui, je rattrape le temps perdu
en en rédigeant trois !
Samedi 20
juillet.
Assommé par
la chaleur orageuse qui règne depuis plusieurs jours maintenant, je décide de
m’octroyer une pause dans mes écrits de commande. Je m’y remettrai
demain : après tout, le dimanche est le jour du travail, pour moi…
Je ne sais
vraiment pas comment je pourrai m’organiser si je recommence à travailler en
septembre, surtout si j’ai des cours à préparer (mais comment prépare-t-on des
cours, bon Dieu ?). D’autant plus que je tenterai une nouvelle fois le
CAPES de documentation, et qu’il faudra donc que je révise… Peut-être qu’en
instaurant des journées de 48 heures…
Dimanche 21
juillet.
Comme prévu,
je me consacre à l’écriture : un article sur le festival de Deauville, un
autre sur les personnages célèbres au cinéma (Camille Claudel, Truman Capote,
Margaret Thatcher, etc.). Il aurait fallu que j’en fasse d’autres, mais la
chaleur et la flemme ont eu raison de ma motivation. Heureusement, l’orage a
fini par éclater dans la soirée (et heureusement, je n’étais pas dessous, cette
fois…).
Lundi 22 juillet.
Finalement,
l’orage ne change pas grand-chose : la chaleur est toujours aussi
étouffante. Ceci dit, je trouve plutôt intéressant de nous laisser profiter du
soleil dans la journée et de ne laisser parler la foudre que le soir. C’est
encore ce qui se passe aujourd’hui. Timing
remarquable.
Je sais de
quoi parlera ma prochaine chronique. Et c’est une bonne chose, puisque je
compte bien l’écrire demain, étant donné que je passerai la journée à Mayenne
mercredi… Pour ce texte, je resterai dans une thématique estivale et causerai
de la littérature de plage. Pour n’en rien dire vraiment, d’ailleurs :
surtout pour parler. Je consacre ma soirée à des articles de commande.
Mardi 23 juillet.
Anthony n’a
rien trouvé de mieux, pour lutter contre la chaleur, que d’organiser une danse
de la pluie autour de l’arbre planté devant le bar des Artistes. Au moins, lui
a proposé quelque chose, pas comme ces politiciens qui font semblant de ne rien
voir… Bon, en fait de lutte contre la chaleur, il s’agit évidemment de se
rafraîchir le gosier après le boulot – puisque les trois quarts des personnes
présentes sont des employés d’ERDF qui ont achevé leur journée. Il est donc un
peu question du travail, beaucoup question des vacances (mais quand on parle
des vacances, on parle toujours un peu du travail…), des grilles de mots
fléchés (Fabien est déjà en vacances, il a donc acheté l’accessoire
indispensable du vacancier), des bars lavallois cités dans le guide Lonely Planet des Pays de Loire, du film
The Human Centipede… Je ne reste pas
longtemps parce que je veux écrire ma chronique ce soir, afin de ne pas avoir à
le faire demain, après mon entretien à Mayenne. À ce propos, je craignais de
devoir passer toute la journée à Mayenne, mais non : il y a des cars qui
font la navette jusqu’à Laval le midi. Je vais devoir poireauter un bon moment,
avant et après mon entretien, mais au moins, je serai rentré plus tôt que la
dernière fois. Du coup, rien ne m’empêcherait d’écrire mon texte demain, mais
je préfère m’en occuper ce soir, et en être débarrassé.
Mercredi 24
juillet.
Je me lève
aux aurores pour prendre le car de 8 heures pour Mayenne, un peu comme si je
partais en vacances. Sauf que je pars plutôt pour un futur boulot… Je descends
à 8 h 45 à la gare de Mayenne, mon rendez-vous n’est qu’à 10 heures. J’ai donc
un peu de temps à tuer, et c’est à la terrasse de la Renaissance que je vais
lui régler son compte. En buvant mon café, je me dis que décidément, Mayenne a
un aspect de petite ville portuaire que je ne m’explique pas. Peut-être que ça
vient simplement du fait que je la vois sous le soleil… Et puis, me trouver à
la terrasse d’un café à neuf heures et demie du matin, ça ne m’arrive guère que
lorsque je suis en vacances au bord de la mer ! Si je ne m’abuse, la
dernière fois que cela s’est produit, c’était en 2011, à Paimpol, avec
Jacques-Pierre Amette…
La rencontre
avec le directeur du lycée est très brève, il ne s’agit même pas d’un entretien
visant à savoir s’il va m’embaucher ou pas : la question ne se pose pas.
Il m’explique en quoi consistera mon travail : 25 heures de documentation
au CDI, et 5 heures de cours pour une classe de sixième. Je commencerai le 22
septembre, ou peut-être plus tôt, puisque je remplace deux professeurs en
congés maternité (qui, donc, se sont débrouillées pour que leurs congés tombent
au même moment, ce qui dénote un esprit d’équipe peu commun !). À vrai
dire, je me sens rassuré : 5 heures de cours de français par semaine,
c’est faisable, a priori, surtout avec une classe unique, et surtout avec des
sixièmes. Je m’imaginais déjà enseignant à plusieurs niveaux, y compris à des
premières (avec le bac à préparer) – vision d’horreur à m’en faire dresser les
cheveux sur la calvitie…
Puisque je
ne suis resté qu’un petit quart d’heure dans le bureau du directeur et qu’il
n’y a pas de car avant 12 h 30, je me promène dans les rues de Mayenne, mange
un sandwich à l’ombre, sur un banc du jardin public entourant le château et
surplombant la rivière. Je me sens l’âme d’un touriste. Ça ne durera pas, puisque
pendant quatre mois, je vais être amené à voir cette ville régulièrement !
Soirée
Carpenter ce soir, avec The Thing. Eh
bien ! Je pensais que ce film génial qui se déroule dans la neige me
rafraîchirait un peu… C’est raté.
Jeudi 25 juillet.
Retour à une
grasse matinée bienvenue. Au fond, cette fois, je peux me déclarer vraiment en
vacances, et non plus au chômage, puisque j’ai au moins la certitude de
travailler à la rentrée, jusqu’aux vacances de Noël… Je vais préparer
consciencieusement mes cours en m’appuyant sur le programme de la classe de
sixième – mais je m’y mettrai au mois d’août. Pour l’instant, j’ai un court
article publicitaire à écrire pour une agence de location de voitures, je m’en
occupe donc et savoure ensuite mon oisiveté.
Le soir, je
regarde la première adaptation cinématographique de Je suis une légende (The Last
Man on Earth, 1964), avec Vincent Price. Adaptation très fidèle au roman de
Matheson – ce dernier ayant d’ailleurs participé à l’écriture du scénario – et
qui préfigure La Nuit des morts-vivants,
sorti quatre ans plus tard. Un même noir et blanc englobe ces deux films, et
les zombies de Romero ressemblent beaucoup aux vampires de Je suis une légende, depuis leur déplacement lent et maladroit
jusqu’à leurs regards inexpressifs. Richard Matheson, à la parution de son
livre en 1954, avait posé tous les codes du genre dont Romero allait s’emparer
(en avouant s’être inspiré de ce roman) : la maison assiégée par les
morts, qu’il faut barricader ; la survie au quotidien (approvisionnement
en vivres, en essence, en armes…) ; les vampires/zombies, faciles à
neutraliser lorsqu’ils sont seuls, mais redoutables quand ils avancent en
nombre ; les proches, jusqu’à l’enfant et la femme aimée, qui peuvent
devenir un danger mortel s’ils sont contaminés… Ce dernier point, d’ailleurs,
est totalement absent du film World War Z.
Dans un blockbuster familial, mieux vaut ne pas laisser entendre que votre
gentille fillette ou votre épouse sont susceptibles de vous sauter à la gorge
si elles ont été mordues…
Vendredi 26
juillet.
Ce soir, je
revois White Zombie, de Victor
Halperin, avec Bela Lugosi (1932). Le tout premier film de zombie, qui se passe
dans un Haïti peuplé de blancs (il y avait encore peu d’acteurs noirs à
Hollywood, encore moins dans des rôles principaux). Le scénario simpliste et
l’histoire romantique qui est au cœur du film lui donnent aujourd’hui un air de
gentil nanard. Il a pourtant profondément marqué les esprits, autant que les
autres grands films d’horreur de l’époque : Frankenstein, Dracula
(1931) ou King Kong (1933) !
Samedi 27
juillet.
Un an jour
pour jour après la « plus petite apocalypse du monde », l’inondation
de Laval par une belle après-midi d’orage – on remet ça. Et comme je suis le
type le moins original du monde, je me trouvais exactement au même endroit que
l’année dernière, à la Médiapole, quand les torrents de flotte ont commencé à
rouler dans la rue du Général-de-Gaulle. Comme l’année dernière, le hall de la
Médiapole a vite été totalement inondé, des clients se pressaient sur la
passerelle pour prendre des clichés avec leur téléphone portable… Seulement
moi, contrairement à l’an dernier, je ne me faisais aucun souci. Les employés
de Chapitre couraient dans tous les sens, et moi je me disais simplement qu’il
n’y avait qu’à attendre que ça se calme, que le niveau de l’eau baisse, et
voilà tout. Une vendeuse qui se tenait à la caisse est montée à l’étage, les
pieds nus et l’air quelque peu paniqué, pour prévenir les clients que les
caisses étaient fermées et qu’ils ne pourraient pas acheter de livres
aujourd’hui. Comme l’année dernière, la sortie du magasin s’est faite par la
rue Souchu-Servinière, mais cette fois, j’ai attendu que la rue ne soit plus
inondée pour quitter le magasin. Et je suis rentré chez moi en faisant un
détour par la rue Saint-Martin, les pieds parfaitement secs. Quand on a vu une
apocalypse, on les a toutes vues.
Encore un
film des frères Halperin ce soir, La
Révolte des zombies (1936). Il ne s’agit d’ailleurs pas réellement de
zombies, mais plutôt d’individus sous contrôle, en état d’hypnose. Mais encore
une fois, ce film qui n’a l’air de rien préfigure un thème qui fera florès,
celui de l’armée des zombies. Pendant la Première Guerre mondiale, un officier
rencontre un prêtre cambodgien capable de contrôler une armée de zombies
qu’aucune balle ne peut faire reculer. Il envisage ce qu’une telle armée
pourrait apporter aux forces alliées, mais après toute une série de péripéties,
c’est lui-même qui apprendra à dresser des zombies pour reconquérir la femme
qu’il aime et qui l’a trahi. Et ces armées de zombies auront beaucoup de succès
au cinéma après la deuxième guerre mondiale : ce sont généralement les
nazis qui s’amusent à réveiller les morts, comme dans Le Commando des morts-vivants, entre autres…
Dimanche 28
juillet.
J’ai une
cinquantaine d’entrées de dictionnaire à rédiger. Ce ne serait pas très
difficile, et même plutôt amusant, s’il n’y avait pas une contrainte absurde à
suivre : chaque entrée doit compter une moyenne de deux cents signes, quel
que soit le mot à définir. Or, le but d’un dictionnaire est de donner la
définition la plus concise possible d’un mot ! Et la plupart du temps, je
me trouve obligé de complexifier ma définition afin d’atteindre mes deux cents
signes… D’autre part, il y a parmi ces mots à définir, des mots anglais que je
dois donc traduire en français, et auxquels je dois ajouter (toujours pour
atteindre les deux cents signes) un exemple… en anglais ! Heureusement que
je maîtrise un peu la langue de Johnny Rotten…
Toujours
dans mon exploration des films de zombies antérieurs à Romero, je regarde King of the zombies ce soir. Un film de
1941 dans lequel un avion s’écrase sur une île où une espèce de savant fou, à
l’accent germanique, utilise l’hypnose et la magie noire pour créer un groupe
de zombies. Toujours la même histoire, au fond, mais c’est un film très drôle,
notamment grâce à un personnage de domestique noir forcément peureux,
superstitieux et ridicule, mais qui s’avèrera le véritable héros et donnera
même le mot de la fin, superbe morale à méditer : « Il n’y a pas de pire expérience que celle d’être transformé en
zombie ! »
Lundi 29 juillet
2013.
Encore des
zombies ce soir (ma « dévédéthèque » en regorge) : Le Commando des morts-vivants (Shock Waves),
un film de 1977 avec Peter Cushing et John Carradine. Un film à petit budget
pas si nanardesque que ça, notamment grâce au réalisateur qui a eu la bonne
idée de ne pas chercher la surenchère d’effets spéciaux. Drôles de zombies
aryens et amphibies, parfaitement blonds et élégants dans leurs uniformes SS.
Au même moment, Arte rediffusait La Maman
et la putain, en hommage à Bernadette Lafont, qui vient de mourir. Mais La Maman et la putain, c’est un film que
je connais par cœur, et je n’avais pas le courage de regarder un film de 3
heures et 40 minutes ce soir, surtout dans une version streaming de mauvaise
qualité. Si encore, j’avais eu la télé…
Par ailleurs,
je suis plongé dans la lecture de L’Homme
qui rétrécit, de Richard Matheson, qui a le don, décidément, pour faire
entrer le fantastique et l’épouvante dans le quotidien le plus banal…
Mardi 30 juillet.
J’ai un gros
arrivage de commandes d’articles assez urgents, rien de difficile à faire, mais
ils viennent s’ajouter à mes définitions de dictionnaire. J’en suis à me
demander si je ne vais pas prendre une semaine de vacances dans ma Bibliothèque de Jupiter, puisque je n’ai
toujours pas de sujet en tête et que ça devient problématique. En cette
période, une semaine sans chronique ne devrait pas déranger grand monde,
puisque la plupart de mes lecteurs sont en train d’attraper des mélanomes sur
les plages… Mais je ne sais pas, un vieux fond de culpabilité me pousse à
refuser de m’inventer ce genre d’excuse… Serais-je encore plus catholique que
je ne le crois ?
Chef d’œuvre
trop méconnu ce soir, avec Dellamorte
Dellamore de Michele Soavi, l’un des films dont l’humour noir s’accorde
certainement le plus au mien, avec ce goût pour le macabre, les cadavres et la
pourriture ; et sans doute l’un des films dont l’érotisme m’a le plus
marqué quand je l’avais vu à seize ou dix-sept ans. La nécrophilie, dans ce
film, est d’une élégance et d’un raffinement rares, à mille lieues du sordide…
Jamais la mort n'a été aussi sexy...
Mercredi 31
juillet.
C’est
décidé, je vais me faire haïr des – disons – deux personnes et demie qui lisent
encore ma chronique malgré l’appel des planches à voile et du pastis, mais je
vais m’octroyer une trêve cette semaine. La première depuis que j’ai commencé
cette potacherie hebdomadaire. Je peux bien me permettre de tirer un peu au
flanc…
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