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mardi 11 novembre 2014

The Walking Dead : la série qui réveille les morts (2/2)


Des goules et des bulles

Petit rappel de l’histoire : le policier Rick Grimes, alors qu’il tente d’arrêter un prisonnier en cavale avec son collègue Shane, est blessé par balle. Quand il sort du coma, c’est pour se retrouver dans un hôpital qui semble avoir été déserté depuis longtemps, et il tombe assez vite sur ses premiers cadavres réanimés, auxquels il échappe de justesse. Sorti de l’hôpital, il rentre chez lui pour s’apercevoir que sa femme Lori et son fils Carl ont disparu, ainsi que tous les habitants du quartier. Il fait la connaissance de Morgan, qui tente de survivre dans une maison proche avec son fils Duane, et qui se met en devoir de lui expliquer la situation. Passage obligé du cataclysme zombie : mettre au courant le petit nouveau qui débarque sur le champ de bataille : les morts se réveillent et veulent dévorer les vivants, la moindre morsure vous transforme en l’un des leurs et ce n’est qu’en détruisant leur cerveau qu’on peut les « tuer » pour de bon. The Walking Dead se passe dans un monde où il n’a jamais été question du cinéma de Romero : il faut tout réapprendre. Encore une fois, le mot « zombie » n’est presque jamais employé par les personnages. Chaque groupe de survivants a sa propre façon de les nommer : les rôdeurs, les voraces… Au contraire, dans Dead Set, l’un des lofteurs, ne voulant pas croire à une invasion de goules, fait son malin en citant la célèbre réplique de La Nuit des morts-vivants : « They’re coming to get you, Barbra ! » (réplique qui vaut toutes les punchlines de Shakespeare…) Dans les comédies, on cite les sources du genre, mais dans les fictions dramatiques, on repart de zéro : les zombies arrivent dans un monde qui n’a jamais entendu parler d’eux et qui n’est pas du tout préparé à cette invasion.

Apprenant l’existence d’un refuge pour les survivants situé à Atlanta, Rick décide de s’y rendre, pensant qu’il a des chances d’y retrouver sa femme et son fils. Arrivé à destination, il voit qu’Atlanta a été abandonnée, et qu’il n’y a plus là bas que des morts. Il échappe de peu aux morsures grâce à Glenn, un jeune homme qui connaît la ville par cœur et a l’habitude d’y entrer et d’en sortir pour ramener des vivres au campement qu’il partage avec une poignée d’hommes et de femmes. Rick le suit jusqu’à ce campement en bordure de la ville… et retrouve Lori, Carl et même son collègue Shane. Petit à petit, il découvre que le comportement de Shane a changé et qu’il a eu une liaison avec Lori. Les deux hommes vont se battre, et Shane est tué (par Carl dans le comic book, par Rick dans la série).

À partir de ce moment, le récit devient une sorte de road movie : le petit groupe de survivants quitte son campement quand celui-ci est envahi par les rôdeurs, perd quelques membres en cours de route, rencontre d’autres survivants, s’installe pour un moment dans un autre endroit (la ferme d’Hershel) avant de devoir à nouveau déguerpir. Et ce que le lecteur comprend rapidement, c’est que le véritable danger, ce ne sont pas les morts, qui sont lents et idiots et que l’on peut assez facilement gérer tant qu’ils n’attaquent pas en horde, mais bel et bien les autres survivants. Un thème qui était déjà récurrent chez Romero, depuis La Nuit des morts-vivants : l’invasion des zombies serait relativement supportable si les humains autour de nous ne finissaient pas par péter les plombs : psychose pour les uns, volonté de puissance pour les autres, pillages et crimes en tous genres, choix regrettables pour l’ensemble de la communauté (exemple d’erreur récurrente : rester au même endroit en pensant que le gouvernement va bientôt envoyer l’armée pour régler le problème, au lieu de partir à la recherche d’un lieu mieux protégé)…

L’objectif est donc la survie, et le groupe mené par Rick va d’espoirs en désillusions. Le premier lieu qui symbolisera un idéal de survie à long terme est une prison. Une enceinte infranchissable, des murs solides, des vivres et la possibilité de cultiver le sol : une fois le  bâtiment nettoyé de ses inévitables bouffeurs de chairs et réglés les problèmes de voisinage (puisqu’il faut évidemment compter avec les inévitables détenus qui avaient réussi à s’en sortir indemnes), tout devrait effectivement aller pour le mieux. Et c’est au moment où les « rôdeurs » cessent d’être une menace que, bien entendu, le facteur humain vient tout foutre par terre. Une telle forteresse ne peut que faire des envieux, et c’est dans le sang et les larmes que Rick et ce qu’il restera de ses compagnons devront une fois de plus quitter les lieux, assiégés par les hommes du Gouverneur, dangereux psychopathe qui dirige la communauté de Woodbury.



Raconter la suite pourrait paraître monotone : Rick, qui a subi de nombreuses pertes en cours de (dé)route, retrouve Glenn, Maggie, Andrea, Michonne et les quelques autres rescapés, et fait de nouvelles rencontres, notamment celles d’Abraham Ford, Eugene et Rosita, avec qui il prend la route de Washington. Là, découverte d’un nouveau havre de paix, la communauté d’Alexandria, où le groupe va enfin pouvoir baisser les armes… jusqu’à ce que, évidemment, les choses dégénèrent de nouveau. Et rebelote : il faut plier bagages et trouver mieux ailleurs.

Ça n’aurait pas grand intérêt, effectivement, si Robert Kirkman n’était pas un scénariste aussi talentueux. La psychologie des personnages est impeccablement esquissée, et chacun évolue au fur et à mesure que la situation se détériore. Toutes les horreurs qu’ils traversent laissent des traces, et même les héros sont en proie au doute ou à la folie. Rick lui-même accomplit des actes qui peuvent le faire passer pour un barbare aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas (et même de ceux qui le connaissent). Même lui n’est pas à l’abri de « péter les plombs » et de mettre ses compagnons en danger. Il ne faut pas trop embêter son fils quand il est dans les parages… Mais malgré tous les échecs, malgré tous les bouleversements qu’il rencontre, il conserve l’espoir de reconstruire la civilisation.

Kirkman a parfaitement intégré l’héritage de Romero. Il y ajoute toutefois une petite touche personnelle : si les survivants pensent d’abord que ce sont les morsures des morts-vivants qui les changent à leur tour en zombie, ils constatent bientôt que ce n’est pas le cas : l’infection est en eux d’avance, et s’ils viennent à mourir même sans avoir été en contact avec les rôdeurs, ils se relèveront. La morsure ne fait qu’accélérer le processus. Et contrairement aux zombies de Romero, qui de film en film évoluent et acquièrent une certaine forme d’intelligence, ceux de Kirkman agissent toujours de la même façon.



Et donc, du coup, la série télé ?

Ah oui, j’étais parti pour vous parler de la série télé, et je me suis perdu en route. En fait, moi, quand on me lance sur les zombies, je ne sais plus m’arrêter…

Comme beaucoup de fans de la bande dessinée, je pense, l’idée même d’une adaptation en série télévisée m’est d’abord apparue comme une aberration absolue. Autant il me semblait que l’arrivée des zombies dans le domaine des comics était novateur (ce n’est plus le cas aujourd’hui, où le thème se décline sur tous les supports), autant je craignais que l’adaptation ne soit pas à la hauteur.

Et il faut bien reconnaître qu’après avoir regardé les six épisodes qui constituaient la première saison, j’avais la certitude que mes soupçons étaient confirmés. Je ne peux pas me mettre dans la tête d’un spectateur qui découvrirait The Walking Dead à travers la série d’AMC, mais je peux témoigner que pour celui qui connaît la BD par cœur, cette première saison est un repoussoir.

Un exemple parlant : l’entrée en matière. Il suffit d’une planche à Kirkman et Tony Moore pour présenter la scène où Rick Grimes, voulant arrêter un détenu en cavale, reçoit sa blessure. La planche suivante consiste en une case unique qui le montre ouvrant les yeux sur son lit d’hôpital. Voilà le décor planté en un rien de temps ! Frank Darabont, le réalisateur de la série, a trouvé le moyen, après une scène d’introduction où l’on voit Rick (Andrew Lincoln) errer dans une station service au milieu d’un véritable cimetière de voitures et rencontrer une fillette zombie avec son ours en peluche, d’opérer un retour en arrière sur le jour où Rick se fait flinguer. Et là, nous avons droit à une interminable scène de discussion entre Shane (Jon Bernthal) et Rick, discussion sur les femmes qui oublient toujours d’éteindre la lumière en quittant une pièce… Bavardage de prostate à prostate qui m’évoque, en moins drôle, la scène du Big Mac entre Travolta et Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, et qui a pour but, évidemment, de nous dépeindre les relations qu’entretiennent les deux flics. Très bien, pourquoi pas ? Mais nous, tout ce qu’on veut, c’est que Rick se prenne sa putain de balle, et que l’histoire commence !

Cette première saison, au fond, n’est pas si médiocre, et chaque nouveau visionnage me le confirme – mais elle souffre de lourds problèmes de rythme. L’essentiel de l’action se concentre sur les quatre premiers épisodes, culminant lors de (attention spoiler !) l’attaque du camp par une troupe de rôdeurs. Les deux derniers épisodes montrent les survivants sur le point de quitter Atlanta, abandonnant l’un des leurs mordu par un zombie, se demandant quelle route prendre, que faire, et faisant escale au CDC, le centre de recherche sur les maladies – épisode qui n’existe pas dans la BD et dont on aurait aussi bien pu se passer dans la série. L’impression qui demeure à la fin de cette brève première saison, c’est que cette série va être molle, et qu’on n’a pas fini de se faire chier. Et qu’en plus, elle ne respecte pas du tout le comic book : qu’est-ce que c’est que cette histoire de CDC ? et pourquoi Shane est toujours vivant, bordel ?

L’erreur serait de s’arrêter à cette première saison, qui ne fait que poser le décor. La deuxième, en précipitant le groupe de Rick sur la route, lance vraiment l’histoire, et chaque personnage se dévoile peu à peu. C’est ici que l’on découvre que Daryl Dixon (Norman Reedus), qui a été inventé pour la série télé, est un personnage génial, dur, taiseux et complexe (et qui fait craquer les filles). Et que si Shane survit un peu plus longtemps dans la série télé que dans le comic book, c’est qu’il ne nous avait pas encore montré toutes les facettes de sa personnalité tourmentée.

Suspense et fan service

La série apporte des personnages tellement attachants (les frères Daryl et Merle Dixon, Beth Greene, Bob ou Tara à partir de la saison 4), qu’on en vient à se dire qu’ils manquent vraiment au comic book. Et d’autres, comme Shane et Carol (Melissa McBride), dont le sort dans la BD est expédié rapidement, ou qui n’ont qu’un rôle anecdotique, prennent chez AMC une toute autre ampleur. Sans parler du Gouverneur (David Morrissey), personnage emblématique de la BD, premier véritable « méchant » que Rick doit affronter. Les lecteurs l’attendaient au tournant, celui-là ! Et il se montre dans la série d’une exquise perversité, dépourvue des attributs caricaturaux du comic. Plus dangereux parce que charmeur (ce que le personnage dessiné par Charlie Adlard n’est pas), intelligent et manipulateur – autre chose que la simple brute épaisse qui annonce avec un sourire, dans la BD, que les « étrangers » comme Rick, Glenn et Michonne, qui viennent de tomber entre ses mains, servent de repas aux « voraces »…

C’est également durant la deuxième saison que l’on comprend que même en connaissant par cœur le comic, on ne saura jamais réellement à quoi s’attendre avec cette série. Et on le comprend en voyant mourir plusieurs personnages dont la durée de vie était nettement plus longue dans les albums. Vous croyiez tout savoir, vous haussiez les épaules devant le suspense de (attention spoiler !) la disparition de la petite Sophia ? « Pfff… On sait bien qu’elle ne meurt pas, Sophia… », vous disiez-vous avec un petit air blasé. Et qui c’est que vous voyez sortir de la grange des Hershel, petite zombette au milieu des zombies ? Eh oui… À partir de ce moment, vous avez compris que vous pouvez remballer vos certitudes – et là, les choses deviennent vraiment intéressantes.



Parce que le génie des créateurs de la série est là : faire en sorte que le suspense agisse aussi bien sur le lecteur du comic que sur celui qui découvre The Walking Dead avec la série. Nous autres, fans de la première heure, on connaît l’histoire par cœur. Au réalisateur, donc, de nous surprendre en retardant certains événements attendus, en apportant des variations et des intrigues supplémentaires… Ce qui paraissait encore mal géré pour la première saison et prend tout son sens dans la deuxième. La ferme d’Hershel, qui n’est qu’une brève escale sur la route des héros dans la BD, devient ainsi le lieu central de la deuxième saison. Et tout en cherchant à ne pas faire ce qu’attendent les fans de la BD, les producteurs, Frank Darabont et Kirkman, s’amusent à multiplier les clins d’œil et à reproduire même de temps en temps certaines scènes à l’identique. On tombe carrément dans le fan service parfois, tellement la ressemblance est poussée à l’extrême : il suffit de comparer Abraham, Rosita et Eugene dans leur version « dessinée » et dans la série pour s’en convaincre. Darabont à poussé le vice jusqu’à faire porter à Chandler Riggs, qui joue Carl, le même tee-shirt que celui qu’il porte dans la BD le jour où il retrouve son père !



Ces petits détails qui n’ont l’air de rien sont des cadeaux que les producteurs font à leurs fans – plaisir de la connivence, du petit truc que seuls les initiés comprennent. Quand Michonne (Danai Gurira) fait son apparition à la fin de la saison 2, ceux qui ne connaissent pas l’histoire voient débarquer une fille bizarre, camouflée sous une capuche, armée d’un katana et accompagnée de deux zombies tenus en laisse, et doivent se poser pas mal de questions sur les intentions de ce personnage. Et ceux qui connaissent boivent du petit lait, parce qu’ils savent déjà qu’avec Michonne, ça va envoyer du lourd…


L’âme des zombies

The Walking Dead réussit l’exploit de proposer une véritable série gore à la télévision. Et pas du gore au rabais, de la boucherie light pour programme familial : ici le sang gicle par litres, les boyaux se répandent au kilomètre, les crânes explosent dans de joyeux fracas d’os… C’est Greg Nicotero, responsable des effets spéciaux chez Romero depuis Le Jour des morts-vivants (1985), mais aussi chez Tarantino, Wes Craven ou Robert Rodriguez, entre autres, qui redonne vie aux cadavres dans la série.

Le dernier épisode de la saison 2 est un véritable chef-d’œuvre. On y voit pour la première fois la formation d’une horde de zombies. Les morts errent sans but dans la ville, dévorant ce qu’ils ont pu trouver de plus frais parmi les cadavres du coin, quand un hélicoptère passe dans le ciel. Aussitôt, ils se lèvent et se mettent en marche dans la direction prise par la boîte de conserve volante. Du temps passe, les morts marchent toujours, sont rejoints par d’autres, leur nombre de cesse de grossir, ils sont bientôt des centaines, même les clôtures ne peuvent arrêter leur marche. La nuit tombe, ils marchent toujours. Le jour se lève, ils marchent toujours. Toujours plus nombreux. La nuit tombe, ils marchent toujours. Ils ont atteint une forêt. Soudain, un coup de feu se fait entendre et tous les morts se tournent pour se diriger dans la direction du coup de feu. Et voilà comment des centaines de morts-vivants vont soudain encercler un groupe de survivants qui se croyait à l’abri.

C’est bien pour ça que les zombies n’ont pas besoin de courir. Croire que la vitesse les rend plus dangereux, comme dans L’Armée des morts ou l’horrible adaptation pillage du roman de Max Brooks World War Z, est une erreur : ce qui rend les zombies redoutables, c’est qu’ils ne s’arrêtent jamais. Ils sont peut-être lents, maladroits et idiots, mais ils n’ont pas besoin de se reposer. Quand votre voiture tombera en panne, ils continueront d’avancer. Quand vous aurez besoin de faire une halte pour dormir, ils continueront d’avancer. Et ils ignorent la peur. Vous pourrez en tuer par dizaines, vous ne dissuaderez pas les autres de vous attaquer. Les morts ne se rendent pas.

Bien sûr, il y a des incohérences scénaristiques et des facilités à la pelle. Comment imaginer qu’après plus d’un an de survie dans un monde dévasté, le groupe de Rick puisse encore trouver de l’essence et des vivres, et gaspiller allègrement ses munitions (alors qu’on sait parfaitement que le bruit des détonations attire les rôdeurs) ? Et quelle chance ils ont, tous, de savoir viser la tête même sur des cibles mouvantes, et de posséder des fusils à pompe qui n’ont jamais besoin d’être rechargés ! C’est la loi du genre : nous sommes face à une série d’action, il y a avec le réalisme quelques accommodements…

Maintenant, ce serait bien de conclure, non ?

The Walking Dead est l’histoire d’individus qui changent. Les morts reviennent à la vie changés en monstres uniquement guidés par le désir de dévorer de la chair humaine, mais les survivants, ceux qui n’ont pas été mordus, changent aussi. L’apocalypse les a fait changer. Au fond, les vivants ne sont pas très différents des morts, et plus le temps passe, plus ce qu’ils doivent faire pour survivre les éloigne de l’humanité.

Vous trouverez toujours des intellectuels, des sociologues passionnés par la question, pour vous expliquer que la renaissance du zombie en ce début de millénaire est dictée par nos fantasmes de fin du monde, fantasmes réactualisés par les attentats du 11 septembre 2001. Ils vous diront peut-être aussi que le zombie, par son aspect crasseux et repoussant, par la masse d’individus qu’il finit par former, toujours plus nombreuse, est également une figure du peuple en marche – un peuple dénué de colère, de révolte, dégagé de l’idée même de collectivité : des centaines d’individualités maintenues debout par la seule volonté d’avancer pour vous dévorer. Autres pistes : le zombie nous amène à réfléchir à la place que nous laissons à la mort dans nos sociétés modernes. Il relance le tabou du cannibalisme. Il est aussi le symptôme de notre peur de l’aliénation : j’aime ma femme et mes enfants, mais si je devenais fou, si je « changeais » soudain, peut-être deviendrais-je un danger pour ma femme et mes enfants…

Toutes ces réflexions sont très intéressantes, vraiment. Mais au fond, je préfère encore l’analyse du geek de base, selon qui « les zombies, c’est cool, parce que ça bouffe les gens. »



            

lundi 10 novembre 2014

The Walking Dead : La série qui réveille les morts (1/2)




Vous les voyez, là dehors. Vous savez que lorsque vous mourrez, vous serez l’un d’entre eux. Vous croyez qu’on se planque pour échapper aux morts-vivants ? Vous ne comprenez pas ? C’est nous, les morts-vivants !
Rick Grimes, Walking Dead t. 4, « Amour et mort »

Bien sûr, il y a True Detective, Fargo, Breaking Bad, Game of Thrones… Bien sûr, il y a eu Six feet under, Les Sopranos, Lost, Deadwood... Autant de séries télé excellentes dont je pourrais vous entretenir longuement, décortiquant telle scène marquante, étudiant à la loupe le fonctionnement du suspense, la psychologie des personnages, l’évolution de l’intrigue… Mais c’est d’une autre série que je veux vous parler.

The Walking Dead est une série à succès. Normal : depuis une dizaine d’années, les zombies sont omniprésents partout : cinéma, télévision, littérature, bande dessinée, jeux vidéo… Mais bizarrement, elle est rarement citée parmi les « bonnes » séries du moment. Je veux dire qu’il y a une liste plus ou moins implicite de séries indéniablement bien écrites, audacieuses, qui ont renouvelé le genre du feuilleton télévisé depuis une vingtaine d’années maintenant, et parmi lesquelles on retrouve celles que je viens de citer, ainsi que The Wire, Homeland, Rome, Real Humans et une poignée d’autres. Et je n’entends jamais parler de The Walking Dead. Sans doute à cause de son aspect gore, de son thème inspiré de la série B… Alors, puisque j’ai un goût immodéré pour les histoires de zombies, je me lance. Il est grand temps que j’assume pleinement mon côté geek. Et je préviens les éventuels fans de la série qui seraient en retard de quelques épisodes ou les curieux qui auraient envie de s’y lancer : il est possible que je vous « spoile », comme il est d’usage de dire…

Zombie or not zombie ?

The Walking Dead n’est d’ailleurs pas la première série télévisée à traiter des morts-vivants. En 2008, une mini-série britannique de cinq épisodes, Dead Set, l’avait précédée. Une épidémie inexpliquée se répandait en Angleterre à une vitesse vertigineuse un soir de prime de l’émission Big Brother. Et seuls les occupants du loft, coupés du monde extérieur, restaient à l’abri de la contamination… pendant un moment, du moins. Mais dès 2003, The Walking Dead a participé, sous forme de comic book, au renouveau du genre zombie survenu en 2002 avec le film 28 jours plus tard, de Danny Boyle – film qui n’est d’ailleurs pas à proprement parler une histoire de zombies, mais d’« infectés ». En 2004, Zack Snyder enfonce le clou en tournant un remake du Dawn of the Dead de Romero (en français : L’Armée des morts), et la même année en Angleterre, Simon Pegg invite le zombie dans le genre de la comédie avec l’excellent Shaun of the Dead.

Au moment même où sortent ces films, donc, le scénariste de bandes dessinées Robert Kirkman s’empare de la figure du zombie pour créer The Walking Dead avec l’aide du dessinateur Tony Moore, remplacé plus tard par Charlie Adlard.

Mais avant d’aller plus loin, mettons-nous d’accord sur ce qu’est un « zombie ». On le sait, le zombie est originaire de la culture vaudou. Il s’agit d’un mort ramené à la vie par sorcellerie, afin de servir d’esclave aux vivants. Si l’on s’attache à cette version du zombie, alors le premier film de zombies de l’histoire du cinéma est White Zombie (1932), avec Bela Lugosi. Mais ce n’est pas de ce genre de zombies que nous parlons. Nous parlons du zombie « moderne », tel qu’il apparaît en 1968 dans le film de George A. Romero, La Nuit des morts-vivants. Le mot « zombie » n’est d’ailleurs pas une seule fois prononcé par les personnages de Romero (de même que les morts-vivants de The Walking Dead ne sont jamais appelés « zombies »). Ce terme s’est imposé de lui-même, par analogie avec le zombie vaudou… pour finir par se substituer à lui.

C’est que Romero n’est pas allé chercher son inspiration dans la tradition haïtienne, mais principalement dans le roman de Richard Matheson, Je suis une légende (I Am Legend, 1954) et dans son adaptation au cinéma par Sidney Salkow sortie dix ans plus tard. Il suffit de revoir ce film pour remarquer à quel point les morts-vivants de Romero ont calqué leur démarche sur celle des vampires de Matheson…

George A. Romero a donc inventé le zombie moderne. Il lui a donné un « look » particulier – celui que vous auriez probablement après être passé de vie à trépas et vous être réveillé dans un état de putréfaction plus ou moins avancé (alors que les vampires ont toujours le teint frais quoiqu’un peu pâlot) – et quelques caractéristiques immuables : a) un penchant inextinguible pour la chair fraîche, celle des vivants évidemment, et quand il y goûte, il les transforme à leur tour en zombie ; b) un seul et unique point faible : il faut viser la tête, b.a.-ba que chaque apprenti survivant se doit d’intégrer le plus tôt possible dans le film ; c) une certaine façon de marcher, immortalisée par l’acteur Bill Hinzman, premier de ces zombies modernes, que l’on voit tituber dans le cimetière, dans les premières minutes de La Nuit des morts-vivants.

Cette façon de marcher n’est pas anodine : on y reviendra. Que Danny Boyle ait décidé de faire courir ses infectés dans 28 jours plus tard, c’est une chose : encore une fois, ce sont des vivants contaminés, par des macchabées ambulants. Mais que Snyder, dans L’Armée des morts (très bon film au demeurant), ait imaginé que les zombies pouvaient courir, c’est une erreur, à mon avis. De l’avis de Romero aussi, d’ailleurs : « Se sont-ils relevés d’entre les morts pour aller s’inscrire immédiatement à un cours de gym ? », demande-t-il dans une interview pour Moviefone… N’importe quel cadavre vous le dira : après la mort, on n’est pas du tout prêt à se taper un sprint ! D’ailleurs, si vous dites à quelqu’un qu’il marche comme un zombie, je ne suis pas sûr qu’il en conclura que vous saluez ses performances à la course.

Dernière petite chose, et pas des moindres, avec le zombie moderne : son apparition est le symptôme de la fin de l’humanité, et de la civilisation telle qu’on l’a connue. À la différence du loup-garou ou du vampire, quand les morts-vivants sortent, ils annoncent une invasion à grande échelle. Dracula fait pâle figure (c’est le cas de le dire) à côté de nos goules romériennes : celles-ci tiennent autant du monstre que du virus hyper balèze, type peste, SIDA ou Ebola… Et d’ailleurs, l’arrivée des zombies est généralement due à un virus échappé d’un labo.

Des morts et des pixels

Il ne faut pas croire qu’en 2003, proposer à un éditeur un comic book sur le thème des zombies allait de soi. Le succès de 28 jours plus tard était en train de remettre les mangeurs de chair fraîche au goût du jour, mais il était encore un peu tôt pour que les éditeurs de bandes dessinées flairent le filon. Certes l’immense succès en 1978 du deuxième film de zombies de Romero, Dawn of the Dead – que l’on connaît en Europe sous le titre Zombie et dans une version charcutée revue et corrigée par Dario Argento – avait réellement donné naissance au genre. Les films de série B se sont succédés, avec leur lot de merveilles et de navets, du zombie-spaghetti ultra gore de Lucio Fulci à des nanards géniaux (et incontournables) comme Le Retour des morts-vivants 2… Mais l’enthousiasme s’était tari au cours des années 90, au cinéma tout au moins. C’est dans le domaine du jeu vidéo que le zombie avait repris du service ! Depuis le tout premier jeu d’Ubisoft, Zombi (1989), qui s’inspirait de Dawn of the Dead, jusqu’à l’inépuisable franchise de Capcom Resident Evil, dont le premier volet sort en 1993.



Il faut dire que le zombie, dans les jeux vidéo, a un aspect pratique. Papa et maman voient d’un œil inquiet Junior s’exciter sur sa manette en tuant des gens à longueur de journée. Remplacez ces gens par des zombies, et tout rentre dans l’ordre. Notez que ça marche aussi avec des nazis. Et s’il s’agit d’un mixe zombie-nazi, Junior peut s’amuser toute la nuit, s’il le souhaite : au moins, il ne dégomme plus tout à fait des « gens ». Souvenez-vous du jeu Carmageddon, sorti en 1997, ce jeu de course qui avait fait scandale parce qu’on pouvait y écraser les piétons sans vergogne… La version allemande du jeu a remplacé les piétons par des zombies, la couleur rouge du sang est devenue verte, et ça n’a plus posé aucun problème. Aujourd’hui encore, vous pouvez gaillardement dézinguer du macchabée à la pelle avec tous vos copains dans Left 4 Dead 2, et personne ne vous en tiendra rigueur. Peut-être même que vous décrocherez un succès pour ça…

Tout ça pour dire que le zombie avait déserté les écrans de cinéma sans tout à fait se faire oublier. En tout cas, ça n’était pas vraiment le genre d’histoire qu’un éditeur de comic book recherchait en 2003, quand Robert Kirkman est allé proposer son projet à Image Comics. D’ailleurs le projet original s’intitulait Dead Planet et reposait sur un scénario de science-fiction dans lequel intervenait une épidémie de zombies. Mais Kirkman change ses plans en cours de route et se lance dans le récit d’une épidémie survenant dans un univers contemporain, avec le projet de suivre un groupe de survivants dans une histoire au long cours. Les premiers fascicules mensuels de The Walking Dead sont lancés dans la plus grande discrétion, mais le succès arrive très vite, et est phénoménal. Le public attendait ça, que les morts viennent dévorer les vivants en BD – et il ne le savait même pas.


À suivre... et la prochaine fois, promis, je rentre dans le vif du sujet.


samedi 10 août 2013

Le retour de la plus petite apocalypse du monde



Journal d'oisiveté
Juillet 2013
 
Lundi 1er juillet.

            Je rédige mes deux dernières bios ce matin et les envoie en début d’après-midi. Pour que le changement ne soit pas trop brusque après ce week-end parisien, le soleil a décidé de s’afficher même à Laval, et je déambule entre les jambes des femmes comme un bienheureux.

            Puisque c’est la période du Tour de France, j’ai décidé de retrouver Stevenson et son Voyage avec un âne dans les Cévennes.

            Ce soir, je vais voir Man of Steel. L’évangile selon Clark Kent. Un Christ parfait, ce Superman : envoyé par son père pour sauver l’humanité ; la première fois qu’on le voit apparaître dans le film, il est barbu ; il est âgé de trente-trois ans ; et pour enfoncer l’hostie, il s’envole avec les bras en croix en quittant son père !...  Le film est plaisant, mais ce qui m’a frappé en le regardant, c’est qu’on ne croit pas une seconde à la menace qui pèse sur la Terre. Deux heures d’explosions non-stop, d’immeubles qui s’effondrent dans de grands fracas de verre et d’acier – tout ça pour s’apercevoir qu’au fond, ce n’est que ça : du verre et de l’acier. Jamais on ne voit de victimes, je veux dire de vraies victimes ensanglantées – seulement des rescapés aux vêtements noirs de poussière. C’est une apocalypse qui ne concerne que les BTP, et je pense que c’est le principal problème du film. On est dans du grand spectacle, personne ne dira le contraire, mais ça reste de la baston de saloon inoffensive. Au lieu de s’écrouler sur des tables dans de grands éclats de verres et de bouteilles, Superman et ses ennemis, encaissant un coup, traversent une demi-douzaine de buildings dans les mêmes grands éclats de verre. Mais ces buildings sont vides : pas de cris de panique, pas de corps étendus sur l’asphalte, pas de mains sortant des gravats… On en vient à se demander quel réel danger, au fond, court l’humanité. Pourtant, ce n’est pas faute de nous en mettre plein la vue – mais c’est la mort qui nous est cachée. Et quand un personnage est tué (le père), il trouve le moyen de revenir en hologrammes pour aider son fils !



Mardi 2 juillet.

            Je rédige mon journal du week-end, ce qui me prend du temps, et comme les jours ne s’arrêtent pas de passer, le retard dans ce journal va s’accumuler… Il n’y a pas un bouton « pause » quelque part ?


Mercredi 3 juillet.

            Écriture de ma chronique sur le héros, thème choisi au dernier moment, et à défaut d’autre chose. D’ailleurs, c’est un peu de cette façon que je les choisis chaque semaine… Du coup, je me demande bien de quoi je causerai la prochaine fois !
             
            J’ai des envies de films sanglants, en ce moment, et je revois Scream ce soir.

Jeudi 4 juillet.

            Je suis plutôt occupé par l’écriture, en ce moment, et je n’étais vraiment pas sûr d’avoir envie de rejoindre Anthony et toute la bande aux Artistes pour un apéro – d’autant plus que le ciel avait été plutôt couvert dans l’après-midi. Mais voilà qu’à cinq heures, le soleil est revenu comme un invité de dernière minute, et je me suis dit que l’écriture pouvait attendre.

            Anthony est avec Gabriel, Fabien, Guillaume Payen, un certain Clément, une fille dont j’ignore le prénom, et qui tous travaillent à ERDF. Il y a également Jean-Michel avec ses enfants, et les autres nous rejoignent petit à petit : Stan, Line et Joséphine, Mickaël, Candice, Muriel, Yoan, Antoine… Comme il y a des enfants, il est question des enfants, mais aussi de Zapoï (dont quelques exemplaires sont posés sur les tables)… et du boulot, puisque Anthony, qui soupçonne Candice et l’amie de Gabriel de se raconter des anecdotes de travail, est entouré de ses collègues.

            Je ne reste pas très longtemps, afin de me remettre au travail sans y passer toute la soirée. Dit comme ça, on croirait presque que j’ai décidé d’adopter enfin une bonne discipline. En réalité, je m’octroie beaucoup de temps pour glander aussi…


Vendredi 5 juillet.

            Je pensais passer au lycée une dernière fois pour aller consulter les tableaux des résultats du bac et revoir les quelques collègues qui travaillent encore en ce moment – mais j’y ai renoncé, finalement. Je prendrai le journal demain pour voir les résultats.


Samedi 6 juillet.
           
            J’ai une commande d’articles sur des jeux vidéo et des thématiques cinéma à rendre en début de semaine prochaine, il est temps que je m’y mette.


Dimanche 7 juillet.

            Je vais voir World War Z, en m’attendant au pire. À vrai dire, ce n’est pas un mauvais film, il y a même des scènes assez impressionnantes – le réalisateur ne mérite pas l’éreintement auquel il a eu droit de la part des critiques. Alors, certes, les puristes du genre vont s’offusquer : « Les zombies ne courent pas ! » Il faudrait que tous les morts-vivants règlent leur pas sur celui de Bill Hinzman, le premier zombie à apparaître dans La Nuit des morts-vivants de Romero. C’est bien lui la référence en la matière, lui qui a donné une allure, un comportement aux morts-vivants : lents, boiteux, maladroits, plus sensibles au son qu’aux couleurs, etc. Mais il y a déjà un petit moment que les films comme 28 jours plus tard ont donné un nouveau rythme aux individus infectés par les virus étranges que concoctent les cinéastes – même si dans 28 jours plus tard, il n’est jamais question de zombies, mais d’enragés. Max Brooks, dans son roman World War Z, décrit bien des zombies lents, à la Romero. Mais au fond, ce n’est pas vraiment le problème.


Bill Hinzman dans La Nuit des morts-vivants


            Je m’attendais à ce que le film n’ait absolument rien à voir avec le livre de Max Brooks, qui est plutôt inadaptable au cinéma, mais là c’est quand même impressionnant. À part le titre, j’ai du mal à voir un rapport entre les deux… Sans compter Brad Pitt qui part d’un pays à l’autre pour trouver une solution à la peste zombie alors qu’il n’y a aucun personnage principal dans le roman (ou disons plutôt qu’il y en a autant qu’il y a de chapitres), le grand défaut du film, c’est qu’il donne l’impression que tout se passe à cent à l’heure et que le problème se retrouve réglé en l’espace d’une semaine, alors que Brooks raconte une guerre mondiale qui s’inscrit dans la durée. Il aurait pourtant été possible de reprendre des éléments du roman, de montrer différents conflits aux quatre coins du monde (pas seulement sous forme d’extraits de journaux télévisés), la bataille de Yonkers ou de Hope, des militaires en lutte contre des hordes de morts-vivants… Mais non, tout tourne autour du personnage interprété par Brad Pitt, or on ne fait pas la guerre tout seul. Une suite est annoncée. Ce pourrait être une bonne nouvelle, qui règlerait au moins ce problème de la rapidité apparente du conflit – mais pour retrouver un peu de l’esprit du livre, il faudrait que cette suite démarre en Chine, par exemple, ou en Russie, avec des acteurs chinois ou russes. Si c’est pour voir encore Brad Pitt cavaler d’un avion à l’autre pendant deux heures…

            Reste un bon divertissement agrémenté de scènes choc, qui ne révolutionne pas le genre, mais qui est loin de la médiocrité annoncée.

            Le reste de ma journée est consacré à la rédaction de trois articles.


Lundi 8 juillet.

            Je fais un dernier article ce matin pour pouvoir renvoyer ma commande en début d’après-midi. Je dois consacrer cette semaine à ma chronique et au prochain épisode de Bag of Bones, avant de revenir aux biographies. Désormais, j’ai toujours au moins un texte à rédiger chaque jour, voire plus – ce qui est un indéniable progrès sur mon oisiveté passée. Mais ça n’empêche pas la procrastination…

            Avec ce soleil et cette chaleur me revient l’envie de me promener autour de Laval, pour en tirer peut-être de nouveaux textes. Mais il faudrait que j’aie la volonté d’ajouter à tout ce que j’écris en ce moment d’autres pages – et c’est à cet endroit que la procrastination revient se greffer. Demain, je m’organiserai mieux…

           
Mercredi 10 juillet.

            Puisque les coureurs du Tour de France passeront en Mayenne demain, sur l’étape Fougères-Tours, j’ai décidé que ma chronique serait consacrée au sport. C’est un thème que j’avais noté dans ma liste avant même de publier ma toute première chronique, en mars, mais que je gardais en réserve, craignant de n’avoir pas beaucoup de matière pour l’alimenter. Finalement, je ne m’en suis pas trop mal sorti. Désormais, chaque semaine, le sujet de mon texte du jeudi est un mystère. Même – et surtout – pour moi.


Jeudi 11 juillet.
           
            Toujours quelque chose à écrire : aujourd’hui, c’est un épisode de Bag of Bones. Il y avait une éternité que je n’avais plus repris ce feuilleton, puisqu’un numéro de Tranzistor, celui du printemps, a sauté. Je crois que la rédaction de l’épisode précédent remonte au mois d’octobre !

            Le soir, je regarde Je suis une légende, avec Will Smith – qui est un très bon film, ma foi, même s’il est une adaptation très libre du roman de Matheson.


Dimanche 14 juillet.

            Loin des Marseillaise et des engouements patriotiques, je me consacre à mes textes de commande et achève la lecture de L’Homme des morts, de V.M. Zito, encore une histoire de zombies – un roman qui m’a plu d’ailleurs, et Dieu sait pourtant que la littérature n’est pas favorable aux morts-vivants, bien que Richard Matheson ait ouvert la voie en 1954 avec Je suis une légende. Matheson qui, d’ailleurs, est mort le 23 juin dernier, comme je viens de l’apprendre…

            Ce soir, tout de même, je sors profiter de la fraîcheur de la soirée – fraîcheur toute relative : on peut se balader en tee-shirt sans crainte d’attraper froid – à l’occasion du feu d’artifice. Je ne suis pas sensible à ce genre de spectacle, mais j’en profite pour regarder les filles. Après le bouquet final, en creusant mon sillon à travers la foule, j’ai surpris à deux reprises le genre de réflexions « beauf » qu’on entend dans ces moments-là : « Ah ! Là, on les a vu partir, nos impôts ! »

            Bien sûr, si je trouve cette remarque ridicule, c’est certainement parce que je n’en paie pas, d’impôts…

 
Lundi 15 juillet.

            Le directeur d’un lycée de Mayenne m’appelle aujourd’hui pour me proposer un poste de « documentaliste et lettres modernes » (je suppose qu’il faut comprendre « et professeur de français » ?) pour la rentrée, en remplacement d’un congé maternité. Je le verrai la semaine prochaine pour en discuter. Je ne vais pas trop m’emballer cette fois, de peur de voir le poste me passer sous le nez comme en mars dernier. Évidemment, ce qui m’inquiète un peu, c’est l’aspect « et lettres modernes » ; j’ai déjà suffisamment écrit ici même combien je m’imaginais difficilement affronter une classe d’une trentaine d’élèves…

            Je me suis lancé dans la lecture de Jules Verne – que je n’ai pratiquement jamais lu, je dois l’avouer – en commençant par De la Terre à la Lune. Je compte écrire un de ces quatre jeudis une chronique sur la lune, où j’évoquerai Jules Verne, Laforgue, Cyrano de Bergerac (il faudra que je lise également Les États et empires de la Lune) et Camille Flammarion, entre autres…
           
            Reçu une assez grosse commande d’articles à rédiger et à rendre la semaine prochaine (mercredi au plus tard). Il va donc falloir que dès demain, je m’occupe de ma chronique. Comment vais-je pouvoir m’organiser, en septembre, si je travaille à nouveau ?


Mardi 16 juillet.

            Voilà, ma chronique est prête pour jeudi. Je vais donc pouvoir – dès demain, parce que je ne suis pas un bourreau de travail – m’occuper de la commande d’articles reçue hier. Une dizaine d’articles entre 2000 et 3000 signes. J’ai intérêt à en faire au moins deux par jour, et plus si affinités…


Mercredi 17 juillet.

            Je suis vraiment un indécrottable loser… Alors que je devrais me réjouir que le lycée de Mayenne me propose une nouvelle fois de travailler avec eux, je n’en ressens que de l’angoisse. En mars, ils me proposaient un poste de documentaliste, et j’étais parfaitement ravi de cette chance – mais je n’ai pas été pris. Cette fois, il faudrait vraiment que je le sois… mais l’idée d’être à la fois documentaliste et prof de français me terrorise. Je ne sais même pas comment on prépare un cours, moi ! Et à quel moment je saurai quel est le programme de l’année ? Et de combien de classes devrais-je m’occuper ? Une fois de plus, il est idiot de s’inquiéter avant même d’avoir passé l’entretien, mais je ne peux pas m’en empêcher…

            Écriture d’un texte sur L’Écume des jours – le film de Gondry. Je comptais écrire deux textes aujourd’hui, mais celui-ci épuise toute mon énergie (déjà plutôt pauvre, avouons-le). Pourtant, ces petits articles de commande ne me posent généralement pas de problèmes…


Jeudi 18 juillet.

            Anthony et ses collègues ont prévu un apéro aux Artistes. J’ai un texte en chantier, encore un petit texte de 2000 signes qui ne devrait pas me poser trop de problèmes, surtout que je l’abandonne après en avoir rédigé la moitié, laissant la suite pour ce soir. Je retrouve donc Fabien et Anthony aux Artistes, Guillaume Payen nous rejoint, puis Candice, Séverine et Simon accompagnés de Capucine, Yoan, Marie et Charles, et quelques autres… Il est question de la dernière livraison de la revue Feuilleton et notamment de l’article consacré au « pickpocket » Apollo Robbins, de la première victoire française du Tour de France, des baies de goji, mais surtout des vacances et des voyages, Anthony et Candice ayant prévu d’assiéger Berlin, Charles et Marie se rendant sur la Côte d’Azur… Okay, s’il en faut un qui reste en Mayenne pendant ce temps, je serai celui-là (une fois de plus) ! Charles me propose tout de même, pour l’été prochain, de l’accompagner dans des randonnées en montagne. Je suis partant – mais qu’en sera-t-il de ma vie l’année prochaine ?...
           
            Séverine et Simon ayant acheté un mölkky, il est décidé que nous en ferons une partie au square de Boston. Un peu hésitant d’abord (il faut que je me remette à écrire, bla, bla, bla…), je me laisse convaincre. Après une escale au Marché Plus pour acheter quelques victuailles, nous nous retrouvons donc au square. C’est là que Séverine et Simon s’aperçoivent qu’ils ne retrouvent pas le carnet de mölkky censé accompagner leur jeu. Ce mystère demeurera, heureusement Yoan possède une application « mölkky » sur son téléphone portable – nous sommes sauvés. On commence par la répartition des équipes, que l’on choisit d’établir en fonction des bacs passés par chacun de nous. C’est ainsi que Candice et Yoan forme l’équipe des bacs ES, Anthony et Simon celui des bacs D, et Séverine, Marion et moi celui des bacs L. La partie commence très bien : les L remportent la première manche, grâce à un esprit d’équipe en béton armé et au lancer final de Séverine. La deuxième manche est gagnée par les bacs D, et la troisième par les bacs ES. Il faut donc une bonne fois pour toutes nous départager, et c’est Anthony et Simon qui remportent la victoire finale. Les scores ont été serrés, le suspense intense jusqu’au bout : aucun de nous n’a démérité, même pas Capucine qui se faisait dans son coin une partie d’Angry Birds (ou d’autre chose).

            De retour chez moi, je me remets à mon texte, atteins enfin – avec les plus grandes difficultés – les 2000 signes… tout en me disant, comme hier, que ce genre de textes, habituellement, ne me pose pas autant de problèmes. Du coup, par curiosité, je vérifie ma commande : il s’agissait de textes de 1000 signes ! Nom de Dieu ! Depuis hier, je me suis fatigué à rallonger la sauce de mes textes pour rien, et maintenant je dois supprimer une partie de ce que j’ai fait. Si je n’avais pas peur de me faire mal, je me mettrais des gifles…


Vendredi 19 juillet.

            Le plus ennuyeux dans cette histoire, c’est que si je ne m’étais pas échiné à écrire des textes trop longs, j’aurais pu en écrire quatre ces deux derniers jours, au lieu de n’en pondre que deux… Du coup, aujourd’hui, je rattrape le temps perdu en en rédigeant trois !
           

Samedi 20 juillet.

            Assommé par la chaleur orageuse qui règne depuis plusieurs jours maintenant, je décide de m’octroyer une pause dans mes écrits de commande. Je m’y remettrai demain : après tout, le dimanche est le jour du travail, pour moi…

            Je ne sais vraiment pas comment je pourrai m’organiser si je recommence à travailler en septembre, surtout si j’ai des cours à préparer (mais comment prépare-t-on des cours, bon Dieu ?). D’autant plus que je tenterai une nouvelle fois le CAPES de documentation, et qu’il faudra donc que je révise… Peut-être qu’en instaurant des journées de 48 heures…


Dimanche 21 juillet.

            Comme prévu, je me consacre à l’écriture : un article sur le festival de Deauville, un autre sur les personnages célèbres au cinéma (Camille Claudel, Truman Capote, Margaret Thatcher, etc.). Il aurait fallu que j’en fasse d’autres, mais la chaleur et la flemme ont eu raison de ma motivation. Heureusement, l’orage a fini par éclater dans la soirée (et heureusement, je n’étais pas dessous, cette fois…).


Lundi 22 juillet.

            Finalement, l’orage ne change pas grand-chose : la chaleur est toujours aussi étouffante. Ceci dit, je trouve plutôt intéressant de nous laisser profiter du soleil dans la journée et de ne laisser parler la foudre que le soir. C’est encore ce qui se passe aujourd’hui. Timing remarquable.

            Je sais de quoi parlera ma prochaine chronique. Et c’est une bonne chose, puisque je compte bien l’écrire demain, étant donné que je passerai la journée à Mayenne mercredi… Pour ce texte, je resterai dans une thématique estivale et causerai de la littérature de plage. Pour n’en rien dire vraiment, d’ailleurs : surtout pour parler. Je consacre ma soirée à des articles de commande.
           

Mardi 23 juillet.

            Anthony n’a rien trouvé de mieux, pour lutter contre la chaleur, que d’organiser une danse de la pluie autour de l’arbre planté devant le bar des Artistes. Au moins, lui a proposé quelque chose, pas comme ces politiciens qui font semblant de ne rien voir… Bon, en fait de lutte contre la chaleur, il s’agit évidemment de se rafraîchir le gosier après le boulot – puisque les trois quarts des personnes présentes sont des employés d’ERDF qui ont achevé leur journée. Il est donc un peu question du travail, beaucoup question des vacances (mais quand on parle des vacances, on parle toujours un peu du travail…), des grilles de mots fléchés (Fabien est déjà en vacances, il a donc acheté l’accessoire indispensable du vacancier), des bars lavallois cités dans le guide Lonely Planet des Pays de Loire, du film The Human Centipede… Je ne reste pas longtemps parce que je veux écrire ma chronique ce soir, afin de ne pas avoir à le faire demain, après mon entretien à Mayenne. À ce propos, je craignais de devoir passer toute la journée à Mayenne, mais non : il y a des cars qui font la navette jusqu’à Laval le midi. Je vais devoir poireauter un bon moment, avant et après mon entretien, mais au moins, je serai rentré plus tôt que la dernière fois. Du coup, rien ne m’empêcherait d’écrire mon texte demain, mais je préfère m’en occuper ce soir, et en être débarrassé.



Mercredi 24 juillet.

            Je me lève aux aurores pour prendre le car de 8 heures pour Mayenne, un peu comme si je partais en vacances. Sauf que je pars plutôt pour un futur boulot… Je descends à 8 h 45 à la gare de Mayenne, mon rendez-vous n’est qu’à 10 heures. J’ai donc un peu de temps à tuer, et c’est à la terrasse de la Renaissance que je vais lui régler son compte. En buvant mon café, je me dis que décidément, Mayenne a un aspect de petite ville portuaire que je ne m’explique pas. Peut-être que ça vient simplement du fait que je la vois sous le soleil… Et puis, me trouver à la terrasse d’un café à neuf heures et demie du matin, ça ne m’arrive guère que lorsque je suis en vacances au bord de la mer ! Si je ne m’abuse, la dernière fois que cela s’est produit, c’était en 2011, à Paimpol, avec Jacques-Pierre Amette…

            La rencontre avec le directeur du lycée est très brève, il ne s’agit même pas d’un entretien visant à savoir s’il va m’embaucher ou pas : la question ne se pose pas. Il m’explique en quoi consistera mon travail : 25 heures de documentation au CDI, et 5 heures de cours pour une classe de sixième. Je commencerai le 22 septembre, ou peut-être plus tôt, puisque je remplace deux professeurs en congés maternité (qui, donc, se sont débrouillées pour que leurs congés tombent au même moment, ce qui dénote un esprit d’équipe peu commun !). À vrai dire, je me sens rassuré : 5 heures de cours de français par semaine, c’est faisable, a priori, surtout avec une classe unique, et surtout avec des sixièmes. Je m’imaginais déjà enseignant à plusieurs niveaux, y compris à des premières (avec le bac à préparer) – vision d’horreur à m’en faire dresser les cheveux sur la calvitie…

            Puisque je ne suis resté qu’un petit quart d’heure dans le bureau du directeur et qu’il n’y a pas de car avant 12 h 30, je me promène dans les rues de Mayenne, mange un sandwich à l’ombre, sur un banc du jardin public entourant le château et surplombant la rivière. Je me sens l’âme d’un touriste. Ça ne durera pas, puisque pendant quatre mois, je vais être amené à voir cette ville régulièrement !
           
            Soirée Carpenter ce soir, avec The Thing. Eh bien ! Je pensais que ce film génial qui se déroule dans la neige me rafraîchirait un peu… C’est raté.


Jeudi 25 juillet.
           
            Retour à une grasse matinée bienvenue. Au fond, cette fois, je peux me déclarer vraiment en vacances, et non plus au chômage, puisque j’ai au moins la certitude de travailler à la rentrée, jusqu’aux vacances de Noël… Je vais préparer consciencieusement mes cours en m’appuyant sur le programme de la classe de sixième – mais je m’y mettrai au mois d’août. Pour l’instant, j’ai un court article publicitaire à écrire pour une agence de location de voitures, je m’en occupe donc et savoure ensuite mon oisiveté.
           
            Le soir, je regarde la première adaptation cinématographique de Je suis une légende (The Last Man on Earth, 1964), avec Vincent Price. Adaptation très fidèle au roman de Matheson – ce dernier ayant d’ailleurs participé à l’écriture du scénario – et qui préfigure La Nuit des morts-vivants, sorti quatre ans plus tard. Un même noir et blanc englobe ces deux films, et les zombies de Romero ressemblent beaucoup aux vampires de Je suis une légende, depuis leur déplacement lent et maladroit jusqu’à leurs regards inexpressifs. Richard Matheson, à la parution de son livre en 1954, avait posé tous les codes du genre dont Romero allait s’emparer (en avouant s’être inspiré de ce roman) : la maison assiégée par les morts, qu’il faut barricader ; la survie au quotidien (approvisionnement en vivres, en essence, en armes…) ; les vampires/zombies, faciles à neutraliser lorsqu’ils sont seuls, mais redoutables quand ils avancent en nombre ; les proches, jusqu’à l’enfant et la femme aimée, qui peuvent devenir un danger mortel s’ils sont contaminés… Ce dernier point, d’ailleurs, est totalement absent du film World War Z. Dans un blockbuster familial, mieux vaut ne pas laisser entendre que votre gentille fillette ou votre épouse sont susceptibles de vous sauter à la gorge si elles ont été mordues…



Vendredi 26 juillet.
           
            Ce soir, je revois White Zombie, de Victor Halperin, avec Bela Lugosi (1932). Le tout premier film de zombie, qui se passe dans un Haïti peuplé de blancs (il y avait encore peu d’acteurs noirs à Hollywood, encore moins dans des rôles principaux). Le scénario simpliste et l’histoire romantique qui est au cœur du film lui donnent aujourd’hui un air de gentil nanard. Il a pourtant profondément marqué les esprits, autant que les autres grands films d’horreur de l’époque : Frankenstein, Dracula (1931) ou King Kong (1933) !


Samedi 27 juillet.

            Un an jour pour jour après la « plus petite apocalypse du monde », l’inondation de Laval par une belle après-midi d’orage – on remet ça. Et comme je suis le type le moins original du monde, je me trouvais exactement au même endroit que l’année dernière, à la Médiapole, quand les torrents de flotte ont commencé à rouler dans la rue du Général-de-Gaulle. Comme l’année dernière, le hall de la Médiapole a vite été totalement inondé, des clients se pressaient sur la passerelle pour prendre des clichés avec leur téléphone portable… Seulement moi, contrairement à l’an dernier, je ne me faisais aucun souci. Les employés de Chapitre couraient dans tous les sens, et moi je me disais simplement qu’il n’y avait qu’à attendre que ça se calme, que le niveau de l’eau baisse, et voilà tout. Une vendeuse qui se tenait à la caisse est montée à l’étage, les pieds nus et l’air quelque peu paniqué, pour prévenir les clients que les caisses étaient fermées et qu’ils ne pourraient pas acheter de livres aujourd’hui. Comme l’année dernière, la sortie du magasin s’est faite par la rue Souchu-Servinière, mais cette fois, j’ai attendu que la rue ne soit plus inondée pour quitter le magasin. Et je suis rentré chez moi en faisant un détour par la rue Saint-Martin, les pieds parfaitement secs. Quand on a vu une apocalypse, on les a toutes vues.

            Encore un film des frères Halperin ce soir, La Révolte des zombies (1936). Il ne s’agit d’ailleurs pas réellement de zombies, mais plutôt d’individus sous contrôle, en état d’hypnose. Mais encore une fois, ce film qui n’a l’air de rien préfigure un thème qui fera florès, celui de l’armée des zombies. Pendant la Première Guerre mondiale, un officier rencontre un prêtre cambodgien capable de contrôler une armée de zombies qu’aucune balle ne peut faire reculer. Il envisage ce qu’une telle armée pourrait apporter aux forces alliées, mais après toute une série de péripéties, c’est lui-même qui apprendra à dresser des zombies pour reconquérir la femme qu’il aime et qui l’a trahi. Et ces armées de zombies auront beaucoup de succès au cinéma après la deuxième guerre mondiale : ce sont généralement les nazis qui s’amusent à réveiller les morts, comme dans Le Commando des morts-vivants, entre autres…


Dimanche 28 juillet.

            J’ai une cinquantaine d’entrées de dictionnaire à rédiger. Ce ne serait pas très difficile, et même plutôt amusant, s’il n’y avait pas une contrainte absurde à suivre : chaque entrée doit compter une moyenne de deux cents signes, quel que soit le mot à définir. Or, le but d’un dictionnaire est de donner la définition la plus concise possible d’un mot ! Et la plupart du temps, je me trouve obligé de complexifier ma définition afin d’atteindre mes deux cents signes… D’autre part, il y a parmi ces mots à définir, des mots anglais que je dois donc traduire en français, et auxquels je dois ajouter (toujours pour atteindre les deux cents signes) un exemple… en anglais ! Heureusement que je maîtrise un peu la langue de Johnny Rotten…

            Toujours dans mon exploration des films de zombies antérieurs à Romero, je regarde King of the zombies ce soir. Un film de 1941 dans lequel un avion s’écrase sur une île où une espèce de savant fou, à l’accent germanique, utilise l’hypnose et la magie noire pour créer un groupe de zombies. Toujours la même histoire, au fond, mais c’est un film très drôle, notamment grâce à un personnage de domestique noir forcément peureux, superstitieux et ridicule, mais qui s’avèrera le véritable héros et donnera même le mot de la fin, superbe morale à méditer : « Il n’y a pas de pire expérience que celle d’être transformé en zombie ! »



Lundi 29 juillet 2013.
           
           Encore des zombies ce soir (ma « dévédéthèque » en regorge) : Le Commando des morts-vivants (Shock Waves), un film de 1977 avec Peter Cushing et John Carradine. Un film à petit budget pas si nanardesque que ça, notamment grâce au réalisateur qui a eu la bonne idée de ne pas chercher la surenchère d’effets spéciaux. Drôles de zombies aryens et amphibies, parfaitement blonds et élégants dans leurs uniformes SS. Au même moment, Arte rediffusait La Maman et la putain, en hommage à Bernadette Lafont, qui vient de mourir. Mais La Maman et la putain, c’est un film que je connais par cœur, et je n’avais pas le courage de regarder un film de 3 heures et 40 minutes ce soir, surtout dans une version streaming de mauvaise qualité. Si encore, j’avais eu la télé…

           Par ailleurs, je suis plongé dans la lecture de L’Homme qui rétrécit, de Richard Matheson, qui a le don, décidément, pour faire entrer le fantastique et l’épouvante dans le quotidien le plus banal…


Mardi 30 juillet.

            J’ai un gros arrivage de commandes d’articles assez urgents, rien de difficile à faire, mais ils viennent s’ajouter à mes définitions de dictionnaire. J’en suis à me demander si je ne vais pas prendre une semaine de vacances dans ma Bibliothèque de Jupiter, puisque je n’ai toujours pas de sujet en tête et que ça devient problématique. En cette période, une semaine sans chronique ne devrait pas déranger grand monde, puisque la plupart de mes lecteurs sont en train d’attraper des mélanomes sur les plages… Mais je ne sais pas, un vieux fond de culpabilité me pousse à refuser de m’inventer ce genre d’excuse… Serais-je encore plus catholique que je ne le crois ?
           
            Chef d’œuvre trop méconnu ce soir, avec Dellamorte Dellamore de Michele Soavi, l’un des films dont l’humour noir s’accorde certainement le plus au mien, avec ce goût pour le macabre, les cadavres et la pourriture ; et sans doute l’un des films dont l’érotisme m’a le plus marqué quand je l’avais vu à seize ou dix-sept ans. La nécrophilie, dans ce film, est d’une élégance et d’un raffinement rares, à mille lieues du sordide…


Jamais la mort n'a été aussi sexy...


Mercredi 31 juillet.
           
            C’est décidé, je vais me faire haïr des – disons – deux personnes et demie qui lisent encore ma chronique malgré l’appel des planches à voile et du pastis, mais je vais m’octroyer une trêve cette semaine. La première depuis que j’ai commencé cette potacherie hebdomadaire. Je peux bien me permettre de tirer un peu au flanc…