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jeudi 26 février 2015

Le roman graphique

 
Fabrice Neaud, Journal 3. Ed. Ego comme X
Au cours d’une de nos promenades, Anne-Marie s’arrêta comme par hasard devant le kiosque qui se trouve encore à l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Soufflot : je vis des images merveilleuses, leurs couleurs criardes me fascinèrent, je les réclamai, je les obtins ; le tour était joué : je voulus avoir toutes les semaines Cri-Cri, L’Épatant, Les Vacances, Les Trois Boys-Scouts de Jean de la Hire et Le Tour du monde en aéroplane d’Arnould Galopin, qui paraissait en fascicules le jeudi. D’un jeudi à l’autre, je pensais à l’Aigle des Andes, à Marcel Dunot, le boxeur aux poings de fer, à Christian l’aviateur beaucoup plus qu’à mes amis Rabelais et Vigny.
Jean-Paul Sartre, Les Mots.

            Le novice à qui l’on demande de citer de grands écrivains aura tendance à se creuser la cervelle pour recracher les noms qui lui viennent en premier à l’esprit, ceux qu’il entend prononcer le plus souvent à la télé, ceux qu’il voit le plus souvent dans la vitrine de France Loisirs. Il s’y trouvera peut-être Marc Lévy, Guillaume Musso, Anna Gavalda, vous voyez le genre – et les gens du métier auront tout loisir de lui jeter des pierres et de lui enfoncer le nez dans la bouse.
            Pourtant, le novice ne devrait pas avoir honte de son ignorance. La littérature est tellement à la portée de tous, désormais, qu’on la trouve même dans la bande dessinée.
            Je suis tout à fait d’accord pour ne pas déranger la hiérarchie des arts. La bande dessinée n’est pas de la littérature, ni de la peinture, okay. La bande dessinée est un art populaire, okay. « Populaire », à prononcer en se pinçant le nez, comme si on tenait à la main une paire de chaussettes sales retrouvées sous un lit. Il n’empêche qu’Astérix a autant participé à mon éducation culturelle qu’Homère, que je dois à Lucky Luke autant de bonheur de lecture qu’à Stevenson, et que Quino et sa Mafalda m’ont forgé l’esprit au même titre que Montaigne ou Cioran.
            En tout cas, que les uns n’empêchent pas les autres.
            Pour moi, c’était une évidence. J’ai toujours tenu la bande dessinée en haute estime. Il faut dire que je n’ai pas été de ces enfants dont les parents se lamentent parce qu’ils passent leur temps à « lire des BD », puisque j’étais tout autant boulimique de « vraie » littérature. J’ai au moins échappé à ce complexe (on ne peut pas tous les avoir).
            Ce complexe que je n’avais pas, moi, la bande dessinée elle-même, visiblement, en souffrait. Certains dessinateurs se désespéraient qu’on puisse penser qu’ils ne s’adressaient qu’aux enfants, que leur art était « mineur », frivole. Ils se sont retroussé les manches, ont lancé à la face des cieux : « On va voir ce qu’on va voir ! » et se sont lancés dans des récits destinés à un public adulte. Et comme le terme de « bande dessinée » leur faisait honte, ils ont appelé ça « roman graphique ». Et les cieux n’ont plus trop fait les malins.
            Le Genevois Rodolphe Töpffer, que l’on considère comme l’inventeur de la bande dessinée au XIXe siècle, appelait ses créations des « histoires en estampes ». D’abord conçues pour amuser ses élèves et ses amis, ces œuvres, des illustrations accompagnées de dialogues, tombent entre les mains de Goethe, au début des années 1830, et celui-ci trouve à leur lecture un « plaisir extraordinaire ». C’est grâce à l’auteur de Werther que Töpffer s’est décidé à faire circuler ses œuvres dans la société aristocratique du temps. Il va lancer un genre, suivi par de nombreux artistes tels que Wilhelm Busch, Rudolph Dirks, Windsor McCay… Comme la littérature, la bande dessinée a ses classiques, de Max et Moritz à Tintin, en passant par Little Nemo ou les Pieds Nickelés.
            Alors, où est le problème ?
            Eh bien, le problème, voyez-vous, c’est que tout cela ne fait pas très sérieux. Thierry Groensteen a identifié les cinq « handicaps symboliques » qui empêcheraient la bande dessinée d’être estimée à sa juste valeur :
            - elle mélange le texte et l’image,
            - elle est considérée comme « intrinsèquement infantile »,
            - elle est liée au comique et à la caricature,
            - elle n’a pas suivi l’évolution des arts au XXe siècle, demeurant figurative au moment où l’art abstrait s’imposait,
            - la multitude des cases et leur petit format empêcheraient la contemplation.
            Et voilà pourquoi votre fille est muette et votre bande dessinée de l’art populaire.
            Alors, pour ne plus avoir à rougir devant leurs planches, leurs cases et leurs bulles qui leur ont coûté tant de sueur mais ne leur rapporteront jamais la légitimité culturelle dont ils rêvent, les auteurs de bande dessinée, un jour, inventèrent le roman graphique.
            Et voilà, d’un coup d’un seul, la bande dessinée avait fait son entrée dans la cour des grands. Mais dans la cour quand même. Mais celle des grands. Will Eisner, Art Spiegelman, Joe Sacco, Marjane Satrapi, Étienne Davodeau : enfin des noms d’auteurs qu’on pouvait aligner sans rougir ! « Alors comme ça, vous faites de la bédé ? Non môssieur, je fais du roman grâphique ! »
            Entendons-nous bien : je n’ai rien contre le roman graphique. De Maus à Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa, en passant par le From Hell d’Alan Moore ou le Journal de Fabrice Neaud, je suis même un grand amateur de ces œuvres qui ont brisé la norme de l’album cartonné de 48 pages en couleurs pour courir sur des volumes entiers… « Un roman graphique, d’après Spiegelman, c’est une bande dessinée qui nécessite un marque-page. » Son arrivée a permis de diversifier les genres : reportage, autobiographie, fiction pure… Je suis bien d’accord. C’est cette course après la légitimation culturelle que je trouve absurde, ce besoin de trouver un nouveau nom, comme s’il fallait avoir honte de faire de la bande dessinée. « Attention, je suis dessinateur, mais moi, je ne fais pas des petits mickeys, hein ! »
            Mais c’est très bien aussi, les petits mickeys, les gars… D’ailleurs Maus en est rempli, de ces mignons rongeurs. C’est bien la preuve…



mardi 11 novembre 2014

The Walking Dead : la série qui réveille les morts (2/2)


Des goules et des bulles

Petit rappel de l’histoire : le policier Rick Grimes, alors qu’il tente d’arrêter un prisonnier en cavale avec son collègue Shane, est blessé par balle. Quand il sort du coma, c’est pour se retrouver dans un hôpital qui semble avoir été déserté depuis longtemps, et il tombe assez vite sur ses premiers cadavres réanimés, auxquels il échappe de justesse. Sorti de l’hôpital, il rentre chez lui pour s’apercevoir que sa femme Lori et son fils Carl ont disparu, ainsi que tous les habitants du quartier. Il fait la connaissance de Morgan, qui tente de survivre dans une maison proche avec son fils Duane, et qui se met en devoir de lui expliquer la situation. Passage obligé du cataclysme zombie : mettre au courant le petit nouveau qui débarque sur le champ de bataille : les morts se réveillent et veulent dévorer les vivants, la moindre morsure vous transforme en l’un des leurs et ce n’est qu’en détruisant leur cerveau qu’on peut les « tuer » pour de bon. The Walking Dead se passe dans un monde où il n’a jamais été question du cinéma de Romero : il faut tout réapprendre. Encore une fois, le mot « zombie » n’est presque jamais employé par les personnages. Chaque groupe de survivants a sa propre façon de les nommer : les rôdeurs, les voraces… Au contraire, dans Dead Set, l’un des lofteurs, ne voulant pas croire à une invasion de goules, fait son malin en citant la célèbre réplique de La Nuit des morts-vivants : « They’re coming to get you, Barbra ! » (réplique qui vaut toutes les punchlines de Shakespeare…) Dans les comédies, on cite les sources du genre, mais dans les fictions dramatiques, on repart de zéro : les zombies arrivent dans un monde qui n’a jamais entendu parler d’eux et qui n’est pas du tout préparé à cette invasion.

Apprenant l’existence d’un refuge pour les survivants situé à Atlanta, Rick décide de s’y rendre, pensant qu’il a des chances d’y retrouver sa femme et son fils. Arrivé à destination, il voit qu’Atlanta a été abandonnée, et qu’il n’y a plus là bas que des morts. Il échappe de peu aux morsures grâce à Glenn, un jeune homme qui connaît la ville par cœur et a l’habitude d’y entrer et d’en sortir pour ramener des vivres au campement qu’il partage avec une poignée d’hommes et de femmes. Rick le suit jusqu’à ce campement en bordure de la ville… et retrouve Lori, Carl et même son collègue Shane. Petit à petit, il découvre que le comportement de Shane a changé et qu’il a eu une liaison avec Lori. Les deux hommes vont se battre, et Shane est tué (par Carl dans le comic book, par Rick dans la série).

À partir de ce moment, le récit devient une sorte de road movie : le petit groupe de survivants quitte son campement quand celui-ci est envahi par les rôdeurs, perd quelques membres en cours de route, rencontre d’autres survivants, s’installe pour un moment dans un autre endroit (la ferme d’Hershel) avant de devoir à nouveau déguerpir. Et ce que le lecteur comprend rapidement, c’est que le véritable danger, ce ne sont pas les morts, qui sont lents et idiots et que l’on peut assez facilement gérer tant qu’ils n’attaquent pas en horde, mais bel et bien les autres survivants. Un thème qui était déjà récurrent chez Romero, depuis La Nuit des morts-vivants : l’invasion des zombies serait relativement supportable si les humains autour de nous ne finissaient pas par péter les plombs : psychose pour les uns, volonté de puissance pour les autres, pillages et crimes en tous genres, choix regrettables pour l’ensemble de la communauté (exemple d’erreur récurrente : rester au même endroit en pensant que le gouvernement va bientôt envoyer l’armée pour régler le problème, au lieu de partir à la recherche d’un lieu mieux protégé)…

L’objectif est donc la survie, et le groupe mené par Rick va d’espoirs en désillusions. Le premier lieu qui symbolisera un idéal de survie à long terme est une prison. Une enceinte infranchissable, des murs solides, des vivres et la possibilité de cultiver le sol : une fois le  bâtiment nettoyé de ses inévitables bouffeurs de chairs et réglés les problèmes de voisinage (puisqu’il faut évidemment compter avec les inévitables détenus qui avaient réussi à s’en sortir indemnes), tout devrait effectivement aller pour le mieux. Et c’est au moment où les « rôdeurs » cessent d’être une menace que, bien entendu, le facteur humain vient tout foutre par terre. Une telle forteresse ne peut que faire des envieux, et c’est dans le sang et les larmes que Rick et ce qu’il restera de ses compagnons devront une fois de plus quitter les lieux, assiégés par les hommes du Gouverneur, dangereux psychopathe qui dirige la communauté de Woodbury.



Raconter la suite pourrait paraître monotone : Rick, qui a subi de nombreuses pertes en cours de (dé)route, retrouve Glenn, Maggie, Andrea, Michonne et les quelques autres rescapés, et fait de nouvelles rencontres, notamment celles d’Abraham Ford, Eugene et Rosita, avec qui il prend la route de Washington. Là, découverte d’un nouveau havre de paix, la communauté d’Alexandria, où le groupe va enfin pouvoir baisser les armes… jusqu’à ce que, évidemment, les choses dégénèrent de nouveau. Et rebelote : il faut plier bagages et trouver mieux ailleurs.

Ça n’aurait pas grand intérêt, effectivement, si Robert Kirkman n’était pas un scénariste aussi talentueux. La psychologie des personnages est impeccablement esquissée, et chacun évolue au fur et à mesure que la situation se détériore. Toutes les horreurs qu’ils traversent laissent des traces, et même les héros sont en proie au doute ou à la folie. Rick lui-même accomplit des actes qui peuvent le faire passer pour un barbare aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas (et même de ceux qui le connaissent). Même lui n’est pas à l’abri de « péter les plombs » et de mettre ses compagnons en danger. Il ne faut pas trop embêter son fils quand il est dans les parages… Mais malgré tous les échecs, malgré tous les bouleversements qu’il rencontre, il conserve l’espoir de reconstruire la civilisation.

Kirkman a parfaitement intégré l’héritage de Romero. Il y ajoute toutefois une petite touche personnelle : si les survivants pensent d’abord que ce sont les morsures des morts-vivants qui les changent à leur tour en zombie, ils constatent bientôt que ce n’est pas le cas : l’infection est en eux d’avance, et s’ils viennent à mourir même sans avoir été en contact avec les rôdeurs, ils se relèveront. La morsure ne fait qu’accélérer le processus. Et contrairement aux zombies de Romero, qui de film en film évoluent et acquièrent une certaine forme d’intelligence, ceux de Kirkman agissent toujours de la même façon.



Et donc, du coup, la série télé ?

Ah oui, j’étais parti pour vous parler de la série télé, et je me suis perdu en route. En fait, moi, quand on me lance sur les zombies, je ne sais plus m’arrêter…

Comme beaucoup de fans de la bande dessinée, je pense, l’idée même d’une adaptation en série télévisée m’est d’abord apparue comme une aberration absolue. Autant il me semblait que l’arrivée des zombies dans le domaine des comics était novateur (ce n’est plus le cas aujourd’hui, où le thème se décline sur tous les supports), autant je craignais que l’adaptation ne soit pas à la hauteur.

Et il faut bien reconnaître qu’après avoir regardé les six épisodes qui constituaient la première saison, j’avais la certitude que mes soupçons étaient confirmés. Je ne peux pas me mettre dans la tête d’un spectateur qui découvrirait The Walking Dead à travers la série d’AMC, mais je peux témoigner que pour celui qui connaît la BD par cœur, cette première saison est un repoussoir.

Un exemple parlant : l’entrée en matière. Il suffit d’une planche à Kirkman et Tony Moore pour présenter la scène où Rick Grimes, voulant arrêter un détenu en cavale, reçoit sa blessure. La planche suivante consiste en une case unique qui le montre ouvrant les yeux sur son lit d’hôpital. Voilà le décor planté en un rien de temps ! Frank Darabont, le réalisateur de la série, a trouvé le moyen, après une scène d’introduction où l’on voit Rick (Andrew Lincoln) errer dans une station service au milieu d’un véritable cimetière de voitures et rencontrer une fillette zombie avec son ours en peluche, d’opérer un retour en arrière sur le jour où Rick se fait flinguer. Et là, nous avons droit à une interminable scène de discussion entre Shane (Jon Bernthal) et Rick, discussion sur les femmes qui oublient toujours d’éteindre la lumière en quittant une pièce… Bavardage de prostate à prostate qui m’évoque, en moins drôle, la scène du Big Mac entre Travolta et Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, et qui a pour but, évidemment, de nous dépeindre les relations qu’entretiennent les deux flics. Très bien, pourquoi pas ? Mais nous, tout ce qu’on veut, c’est que Rick se prenne sa putain de balle, et que l’histoire commence !

Cette première saison, au fond, n’est pas si médiocre, et chaque nouveau visionnage me le confirme – mais elle souffre de lourds problèmes de rythme. L’essentiel de l’action se concentre sur les quatre premiers épisodes, culminant lors de (attention spoiler !) l’attaque du camp par une troupe de rôdeurs. Les deux derniers épisodes montrent les survivants sur le point de quitter Atlanta, abandonnant l’un des leurs mordu par un zombie, se demandant quelle route prendre, que faire, et faisant escale au CDC, le centre de recherche sur les maladies – épisode qui n’existe pas dans la BD et dont on aurait aussi bien pu se passer dans la série. L’impression qui demeure à la fin de cette brève première saison, c’est que cette série va être molle, et qu’on n’a pas fini de se faire chier. Et qu’en plus, elle ne respecte pas du tout le comic book : qu’est-ce que c’est que cette histoire de CDC ? et pourquoi Shane est toujours vivant, bordel ?

L’erreur serait de s’arrêter à cette première saison, qui ne fait que poser le décor. La deuxième, en précipitant le groupe de Rick sur la route, lance vraiment l’histoire, et chaque personnage se dévoile peu à peu. C’est ici que l’on découvre que Daryl Dixon (Norman Reedus), qui a été inventé pour la série télé, est un personnage génial, dur, taiseux et complexe (et qui fait craquer les filles). Et que si Shane survit un peu plus longtemps dans la série télé que dans le comic book, c’est qu’il ne nous avait pas encore montré toutes les facettes de sa personnalité tourmentée.

Suspense et fan service

La série apporte des personnages tellement attachants (les frères Daryl et Merle Dixon, Beth Greene, Bob ou Tara à partir de la saison 4), qu’on en vient à se dire qu’ils manquent vraiment au comic book. Et d’autres, comme Shane et Carol (Melissa McBride), dont le sort dans la BD est expédié rapidement, ou qui n’ont qu’un rôle anecdotique, prennent chez AMC une toute autre ampleur. Sans parler du Gouverneur (David Morrissey), personnage emblématique de la BD, premier véritable « méchant » que Rick doit affronter. Les lecteurs l’attendaient au tournant, celui-là ! Et il se montre dans la série d’une exquise perversité, dépourvue des attributs caricaturaux du comic. Plus dangereux parce que charmeur (ce que le personnage dessiné par Charlie Adlard n’est pas), intelligent et manipulateur – autre chose que la simple brute épaisse qui annonce avec un sourire, dans la BD, que les « étrangers » comme Rick, Glenn et Michonne, qui viennent de tomber entre ses mains, servent de repas aux « voraces »…

C’est également durant la deuxième saison que l’on comprend que même en connaissant par cœur le comic, on ne saura jamais réellement à quoi s’attendre avec cette série. Et on le comprend en voyant mourir plusieurs personnages dont la durée de vie était nettement plus longue dans les albums. Vous croyiez tout savoir, vous haussiez les épaules devant le suspense de (attention spoiler !) la disparition de la petite Sophia ? « Pfff… On sait bien qu’elle ne meurt pas, Sophia… », vous disiez-vous avec un petit air blasé. Et qui c’est que vous voyez sortir de la grange des Hershel, petite zombette au milieu des zombies ? Eh oui… À partir de ce moment, vous avez compris que vous pouvez remballer vos certitudes – et là, les choses deviennent vraiment intéressantes.



Parce que le génie des créateurs de la série est là : faire en sorte que le suspense agisse aussi bien sur le lecteur du comic que sur celui qui découvre The Walking Dead avec la série. Nous autres, fans de la première heure, on connaît l’histoire par cœur. Au réalisateur, donc, de nous surprendre en retardant certains événements attendus, en apportant des variations et des intrigues supplémentaires… Ce qui paraissait encore mal géré pour la première saison et prend tout son sens dans la deuxième. La ferme d’Hershel, qui n’est qu’une brève escale sur la route des héros dans la BD, devient ainsi le lieu central de la deuxième saison. Et tout en cherchant à ne pas faire ce qu’attendent les fans de la BD, les producteurs, Frank Darabont et Kirkman, s’amusent à multiplier les clins d’œil et à reproduire même de temps en temps certaines scènes à l’identique. On tombe carrément dans le fan service parfois, tellement la ressemblance est poussée à l’extrême : il suffit de comparer Abraham, Rosita et Eugene dans leur version « dessinée » et dans la série pour s’en convaincre. Darabont à poussé le vice jusqu’à faire porter à Chandler Riggs, qui joue Carl, le même tee-shirt que celui qu’il porte dans la BD le jour où il retrouve son père !



Ces petits détails qui n’ont l’air de rien sont des cadeaux que les producteurs font à leurs fans – plaisir de la connivence, du petit truc que seuls les initiés comprennent. Quand Michonne (Danai Gurira) fait son apparition à la fin de la saison 2, ceux qui ne connaissent pas l’histoire voient débarquer une fille bizarre, camouflée sous une capuche, armée d’un katana et accompagnée de deux zombies tenus en laisse, et doivent se poser pas mal de questions sur les intentions de ce personnage. Et ceux qui connaissent boivent du petit lait, parce qu’ils savent déjà qu’avec Michonne, ça va envoyer du lourd…


L’âme des zombies

The Walking Dead réussit l’exploit de proposer une véritable série gore à la télévision. Et pas du gore au rabais, de la boucherie light pour programme familial : ici le sang gicle par litres, les boyaux se répandent au kilomètre, les crânes explosent dans de joyeux fracas d’os… C’est Greg Nicotero, responsable des effets spéciaux chez Romero depuis Le Jour des morts-vivants (1985), mais aussi chez Tarantino, Wes Craven ou Robert Rodriguez, entre autres, qui redonne vie aux cadavres dans la série.

Le dernier épisode de la saison 2 est un véritable chef-d’œuvre. On y voit pour la première fois la formation d’une horde de zombies. Les morts errent sans but dans la ville, dévorant ce qu’ils ont pu trouver de plus frais parmi les cadavres du coin, quand un hélicoptère passe dans le ciel. Aussitôt, ils se lèvent et se mettent en marche dans la direction prise par la boîte de conserve volante. Du temps passe, les morts marchent toujours, sont rejoints par d’autres, leur nombre de cesse de grossir, ils sont bientôt des centaines, même les clôtures ne peuvent arrêter leur marche. La nuit tombe, ils marchent toujours. Le jour se lève, ils marchent toujours. Toujours plus nombreux. La nuit tombe, ils marchent toujours. Ils ont atteint une forêt. Soudain, un coup de feu se fait entendre et tous les morts se tournent pour se diriger dans la direction du coup de feu. Et voilà comment des centaines de morts-vivants vont soudain encercler un groupe de survivants qui se croyait à l’abri.

C’est bien pour ça que les zombies n’ont pas besoin de courir. Croire que la vitesse les rend plus dangereux, comme dans L’Armée des morts ou l’horrible adaptation pillage du roman de Max Brooks World War Z, est une erreur : ce qui rend les zombies redoutables, c’est qu’ils ne s’arrêtent jamais. Ils sont peut-être lents, maladroits et idiots, mais ils n’ont pas besoin de se reposer. Quand votre voiture tombera en panne, ils continueront d’avancer. Quand vous aurez besoin de faire une halte pour dormir, ils continueront d’avancer. Et ils ignorent la peur. Vous pourrez en tuer par dizaines, vous ne dissuaderez pas les autres de vous attaquer. Les morts ne se rendent pas.

Bien sûr, il y a des incohérences scénaristiques et des facilités à la pelle. Comment imaginer qu’après plus d’un an de survie dans un monde dévasté, le groupe de Rick puisse encore trouver de l’essence et des vivres, et gaspiller allègrement ses munitions (alors qu’on sait parfaitement que le bruit des détonations attire les rôdeurs) ? Et quelle chance ils ont, tous, de savoir viser la tête même sur des cibles mouvantes, et de posséder des fusils à pompe qui n’ont jamais besoin d’être rechargés ! C’est la loi du genre : nous sommes face à une série d’action, il y a avec le réalisme quelques accommodements…

Maintenant, ce serait bien de conclure, non ?

The Walking Dead est l’histoire d’individus qui changent. Les morts reviennent à la vie changés en monstres uniquement guidés par le désir de dévorer de la chair humaine, mais les survivants, ceux qui n’ont pas été mordus, changent aussi. L’apocalypse les a fait changer. Au fond, les vivants ne sont pas très différents des morts, et plus le temps passe, plus ce qu’ils doivent faire pour survivre les éloigne de l’humanité.

Vous trouverez toujours des intellectuels, des sociologues passionnés par la question, pour vous expliquer que la renaissance du zombie en ce début de millénaire est dictée par nos fantasmes de fin du monde, fantasmes réactualisés par les attentats du 11 septembre 2001. Ils vous diront peut-être aussi que le zombie, par son aspect crasseux et repoussant, par la masse d’individus qu’il finit par former, toujours plus nombreuse, est également une figure du peuple en marche – un peuple dénué de colère, de révolte, dégagé de l’idée même de collectivité : des centaines d’individualités maintenues debout par la seule volonté d’avancer pour vous dévorer. Autres pistes : le zombie nous amène à réfléchir à la place que nous laissons à la mort dans nos sociétés modernes. Il relance le tabou du cannibalisme. Il est aussi le symptôme de notre peur de l’aliénation : j’aime ma femme et mes enfants, mais si je devenais fou, si je « changeais » soudain, peut-être deviendrais-je un danger pour ma femme et mes enfants…

Toutes ces réflexions sont très intéressantes, vraiment. Mais au fond, je préfère encore l’analyse du geek de base, selon qui « les zombies, c’est cool, parce que ça bouffe les gens. »



            

lundi 10 novembre 2014

The Walking Dead : La série qui réveille les morts (1/2)




Vous les voyez, là dehors. Vous savez que lorsque vous mourrez, vous serez l’un d’entre eux. Vous croyez qu’on se planque pour échapper aux morts-vivants ? Vous ne comprenez pas ? C’est nous, les morts-vivants !
Rick Grimes, Walking Dead t. 4, « Amour et mort »

Bien sûr, il y a True Detective, Fargo, Breaking Bad, Game of Thrones… Bien sûr, il y a eu Six feet under, Les Sopranos, Lost, Deadwood... Autant de séries télé excellentes dont je pourrais vous entretenir longuement, décortiquant telle scène marquante, étudiant à la loupe le fonctionnement du suspense, la psychologie des personnages, l’évolution de l’intrigue… Mais c’est d’une autre série que je veux vous parler.

The Walking Dead est une série à succès. Normal : depuis une dizaine d’années, les zombies sont omniprésents partout : cinéma, télévision, littérature, bande dessinée, jeux vidéo… Mais bizarrement, elle est rarement citée parmi les « bonnes » séries du moment. Je veux dire qu’il y a une liste plus ou moins implicite de séries indéniablement bien écrites, audacieuses, qui ont renouvelé le genre du feuilleton télévisé depuis une vingtaine d’années maintenant, et parmi lesquelles on retrouve celles que je viens de citer, ainsi que The Wire, Homeland, Rome, Real Humans et une poignée d’autres. Et je n’entends jamais parler de The Walking Dead. Sans doute à cause de son aspect gore, de son thème inspiré de la série B… Alors, puisque j’ai un goût immodéré pour les histoires de zombies, je me lance. Il est grand temps que j’assume pleinement mon côté geek. Et je préviens les éventuels fans de la série qui seraient en retard de quelques épisodes ou les curieux qui auraient envie de s’y lancer : il est possible que je vous « spoile », comme il est d’usage de dire…

Zombie or not zombie ?

The Walking Dead n’est d’ailleurs pas la première série télévisée à traiter des morts-vivants. En 2008, une mini-série britannique de cinq épisodes, Dead Set, l’avait précédée. Une épidémie inexpliquée se répandait en Angleterre à une vitesse vertigineuse un soir de prime de l’émission Big Brother. Et seuls les occupants du loft, coupés du monde extérieur, restaient à l’abri de la contamination… pendant un moment, du moins. Mais dès 2003, The Walking Dead a participé, sous forme de comic book, au renouveau du genre zombie survenu en 2002 avec le film 28 jours plus tard, de Danny Boyle – film qui n’est d’ailleurs pas à proprement parler une histoire de zombies, mais d’« infectés ». En 2004, Zack Snyder enfonce le clou en tournant un remake du Dawn of the Dead de Romero (en français : L’Armée des morts), et la même année en Angleterre, Simon Pegg invite le zombie dans le genre de la comédie avec l’excellent Shaun of the Dead.

Au moment même où sortent ces films, donc, le scénariste de bandes dessinées Robert Kirkman s’empare de la figure du zombie pour créer The Walking Dead avec l’aide du dessinateur Tony Moore, remplacé plus tard par Charlie Adlard.

Mais avant d’aller plus loin, mettons-nous d’accord sur ce qu’est un « zombie ». On le sait, le zombie est originaire de la culture vaudou. Il s’agit d’un mort ramené à la vie par sorcellerie, afin de servir d’esclave aux vivants. Si l’on s’attache à cette version du zombie, alors le premier film de zombies de l’histoire du cinéma est White Zombie (1932), avec Bela Lugosi. Mais ce n’est pas de ce genre de zombies que nous parlons. Nous parlons du zombie « moderne », tel qu’il apparaît en 1968 dans le film de George A. Romero, La Nuit des morts-vivants. Le mot « zombie » n’est d’ailleurs pas une seule fois prononcé par les personnages de Romero (de même que les morts-vivants de The Walking Dead ne sont jamais appelés « zombies »). Ce terme s’est imposé de lui-même, par analogie avec le zombie vaudou… pour finir par se substituer à lui.

C’est que Romero n’est pas allé chercher son inspiration dans la tradition haïtienne, mais principalement dans le roman de Richard Matheson, Je suis une légende (I Am Legend, 1954) et dans son adaptation au cinéma par Sidney Salkow sortie dix ans plus tard. Il suffit de revoir ce film pour remarquer à quel point les morts-vivants de Romero ont calqué leur démarche sur celle des vampires de Matheson…

George A. Romero a donc inventé le zombie moderne. Il lui a donné un « look » particulier – celui que vous auriez probablement après être passé de vie à trépas et vous être réveillé dans un état de putréfaction plus ou moins avancé (alors que les vampires ont toujours le teint frais quoiqu’un peu pâlot) – et quelques caractéristiques immuables : a) un penchant inextinguible pour la chair fraîche, celle des vivants évidemment, et quand il y goûte, il les transforme à leur tour en zombie ; b) un seul et unique point faible : il faut viser la tête, b.a.-ba que chaque apprenti survivant se doit d’intégrer le plus tôt possible dans le film ; c) une certaine façon de marcher, immortalisée par l’acteur Bill Hinzman, premier de ces zombies modernes, que l’on voit tituber dans le cimetière, dans les premières minutes de La Nuit des morts-vivants.

Cette façon de marcher n’est pas anodine : on y reviendra. Que Danny Boyle ait décidé de faire courir ses infectés dans 28 jours plus tard, c’est une chose : encore une fois, ce sont des vivants contaminés, par des macchabées ambulants. Mais que Snyder, dans L’Armée des morts (très bon film au demeurant), ait imaginé que les zombies pouvaient courir, c’est une erreur, à mon avis. De l’avis de Romero aussi, d’ailleurs : « Se sont-ils relevés d’entre les morts pour aller s’inscrire immédiatement à un cours de gym ? », demande-t-il dans une interview pour Moviefone… N’importe quel cadavre vous le dira : après la mort, on n’est pas du tout prêt à se taper un sprint ! D’ailleurs, si vous dites à quelqu’un qu’il marche comme un zombie, je ne suis pas sûr qu’il en conclura que vous saluez ses performances à la course.

Dernière petite chose, et pas des moindres, avec le zombie moderne : son apparition est le symptôme de la fin de l’humanité, et de la civilisation telle qu’on l’a connue. À la différence du loup-garou ou du vampire, quand les morts-vivants sortent, ils annoncent une invasion à grande échelle. Dracula fait pâle figure (c’est le cas de le dire) à côté de nos goules romériennes : celles-ci tiennent autant du monstre que du virus hyper balèze, type peste, SIDA ou Ebola… Et d’ailleurs, l’arrivée des zombies est généralement due à un virus échappé d’un labo.

Des morts et des pixels

Il ne faut pas croire qu’en 2003, proposer à un éditeur un comic book sur le thème des zombies allait de soi. Le succès de 28 jours plus tard était en train de remettre les mangeurs de chair fraîche au goût du jour, mais il était encore un peu tôt pour que les éditeurs de bandes dessinées flairent le filon. Certes l’immense succès en 1978 du deuxième film de zombies de Romero, Dawn of the Dead – que l’on connaît en Europe sous le titre Zombie et dans une version charcutée revue et corrigée par Dario Argento – avait réellement donné naissance au genre. Les films de série B se sont succédés, avec leur lot de merveilles et de navets, du zombie-spaghetti ultra gore de Lucio Fulci à des nanards géniaux (et incontournables) comme Le Retour des morts-vivants 2… Mais l’enthousiasme s’était tari au cours des années 90, au cinéma tout au moins. C’est dans le domaine du jeu vidéo que le zombie avait repris du service ! Depuis le tout premier jeu d’Ubisoft, Zombi (1989), qui s’inspirait de Dawn of the Dead, jusqu’à l’inépuisable franchise de Capcom Resident Evil, dont le premier volet sort en 1993.



Il faut dire que le zombie, dans les jeux vidéo, a un aspect pratique. Papa et maman voient d’un œil inquiet Junior s’exciter sur sa manette en tuant des gens à longueur de journée. Remplacez ces gens par des zombies, et tout rentre dans l’ordre. Notez que ça marche aussi avec des nazis. Et s’il s’agit d’un mixe zombie-nazi, Junior peut s’amuser toute la nuit, s’il le souhaite : au moins, il ne dégomme plus tout à fait des « gens ». Souvenez-vous du jeu Carmageddon, sorti en 1997, ce jeu de course qui avait fait scandale parce qu’on pouvait y écraser les piétons sans vergogne… La version allemande du jeu a remplacé les piétons par des zombies, la couleur rouge du sang est devenue verte, et ça n’a plus posé aucun problème. Aujourd’hui encore, vous pouvez gaillardement dézinguer du macchabée à la pelle avec tous vos copains dans Left 4 Dead 2, et personne ne vous en tiendra rigueur. Peut-être même que vous décrocherez un succès pour ça…

Tout ça pour dire que le zombie avait déserté les écrans de cinéma sans tout à fait se faire oublier. En tout cas, ça n’était pas vraiment le genre d’histoire qu’un éditeur de comic book recherchait en 2003, quand Robert Kirkman est allé proposer son projet à Image Comics. D’ailleurs le projet original s’intitulait Dead Planet et reposait sur un scénario de science-fiction dans lequel intervenait une épidémie de zombies. Mais Kirkman change ses plans en cours de route et se lance dans le récit d’une épidémie survenant dans un univers contemporain, avec le projet de suivre un groupe de survivants dans une histoire au long cours. Les premiers fascicules mensuels de The Walking Dead sont lancés dans la plus grande discrétion, mais le succès arrive très vite, et est phénoménal. Le public attendait ça, que les morts viennent dévorer les vivants en BD – et il ne le savait même pas.


À suivre... et la prochaine fois, promis, je rentre dans le vif du sujet.


jeudi 3 avril 2014

La librairie


La presse marche bien dans l’ensemble (sauf les journaux littéraires et les journaux de cinéma). Avec ça, et un gentil petit fonds de livres « classiques », + polars, espionnage et romans à l’eau de rose, on peut à peu près s’en sortir (…). Il faut être terriblement terre à terre dans ce genre de boulot, et surtout bien se garder de vendre ce que l’on aime !
Jean-Pierre Martinet, lettre à Alfred Eibel.

            L’écrivain peut bien travailler chez lui ou dans une chambre d’hôtel, face à la mer ou face à un papier peint déprimant, dans une chemise à fleurs, un caleçon à paillettes ou un peignoir de bain, c’est dans une librairie qu’il va rencontrer son lecteur. Ou dans une bibliothèque, bien sûr, ou à l’école, ou sur le banc de square où son livre aura été oublié – mais en tout cas, la librairie est toujours l’étape numéro un.
            Il peut bien puer l’alcool et le tabac froid, avoir les pieds moisis et les cheveux gras, l’écrivain se montre au lecteur sous ses plus beaux atours : couverture souple et papier blanc, reliure collée ou brochée, prix fixe et quatrième de couverture alléchante. Le livre, c’est Brad Pitt jeune, nanti d’un chef opérateur talentueux. L’écrivain, c’est Brad Pitt dans la vraie vie, sans maquillage ni lumière savamment orientée : le poil qui grisonne, la peau qui s’affaisse, la brioche qui pousse. Céline le disait : le lecteur n’a pas besoin de visiter les cuisines. Ce qu’il veut, c’est du rêve, de l’aventure, du dépaysement. Une belle couverture, un titre bien trouvé, un volume épais : autant de promesses de longues heures de lecture passionnée.
            Je sais bien qu’on est à l’ère de la dématérialisation et qu’il faut être de son temps. Je suis comme vous, il m’arrive de passer des commandes sur Amazon. Mais je crois bien qu’une bonne librairie est le lieu où, en dehors de mon domicile, je me sens le plus chez moi.
            Il y en a qui rêvent devant des canapés en cuir, des cuisines équipées avec hotte électrique, des téléviseurs HD, des voitures avec double airbag et air conditionné, des bijoux ou des vêtements. Au fond, je ne comprendrais jamais ces gens-là. Je suis un être bienveillant, j’accepte donc de dialoguer avec eux, mais il y a un fossé entre nous. Il n’y a rien qui ressemble plus à un canapé qu’un autre canapé, ou à une voiture qu’une autre voiture. Vous pouvez dire ce que vous voulez, je ne vois aucune différence entre une Fiat Panda et une Peugeot 308 (élue voiture de l’année 2014). Comptez avec moi : elles ont exactement le même nombre de roues. Maintenant, entrez avec moi dans une librairie, je vous tiens la porte, ding-dong, je m’efface pour vous laisser passer : tadaaa ! Qu’est-ce que vous remarquez ?
            Des livres ! Des livres partout, sur les tables, dans les rayons, des gros, des petits, des grands, des à la couverture crème, rouge, verte, jaune, noire, des richement illustrés, des avec des bandeaux rouges, des que vous pourriez mettre dans votre poche, des qu’il vous faudrait des épaules de déménageur pour ramener chez vous : pas deux identiques. Ou alors il s’agit de plusieurs exemplaires du même, mais là vous cherchez juste à me contredire.
            Alors vous vous promenez devant tous ces livres, prêt à en saisir un au hasard, mais non, le hasard n’a rien à voir là-dedans. Vous en prenez un parce que le titre vous plaît, parce que la couverture vous a tapé dans l’œil ou parce que vous connaissez déjà l’auteur. Vous l’ouvrez, vous lisez les premières lignes, hop ! vous êtes déjà happé – vous voyagez. Gratis. Vous n’allez pas trop loin, de peur que le libraire qui vous surveille du coin de l’œil vous demande de lui régler la course. Vous descendez du véhicule, vous le remettez à sa place sur la pile. Gardez son titre en tête, vous reviendrez peut-être l’acheter après avoir poursuivi votre lèche-vitrine. D’ailleurs, vous vous en êtes peut-être déjà emparé : je ne suis pas au courant de tout. Et puis vous faites ce que vous voulez. Peut-être que vous, les librairies, ce n’est pas votre truc. La lecture, tout ça, pfff… Oui, ben je vous ai pas forcé à venir, hein. Maintenant, laissez-moi, je vais un peu traîner au rayon BD.


dimanche 30 janvier 2011

Les enfants de Franco


N'ont-ils pas l'air joyeux, ces gamins en short, mains dans le dos, cheveu ras, entourés de leurs instructeurs ?

Non, hein ?

C'était toujours surprenant, lorsqu'on ouvrait un numéro de Fluide glacial, de tomber après les débilités des Bidochon, les romans-photos potaches de Léandri, le Jean-Claude Tergal de Tronchet ou les élucubrations de Gotlib, sur une page signée Carlos Giménez. Tout y était, pourtant : la bande de gamins turbulents face aux méchants adultes, le dessin caricatural, yeux ronds énormes, dents proéminentes, oreilles largement décollées de chaque côté de la tête ronde comme les poignées d'un chaudron - il ne manquait plus que le gros nez pour parfaire le tableau.

Oui, mais voilà : les gamins de Giménez ne rigolent pas, ou très peu, et pas longtemps. Et en général, ils s'en mordent les doigts après. Ils se prennent des beignes dans la gueule, de vraies torgnoles qui font mal même au lecteur, ils suent de peur, ils chialent, ils ont des ecchymoses partout et le ventre vide. On n'est pas chez Boule et Bill, avec Carlos Giménez ! Plutôt chez Dickens. Un gag par page et du plaisir dans toute la maison, ce n'est pas à cette adresse - ici, on est seul dans le noir et on se pisse dessus, mais pas de rire : bienvenue à Paracuellos.

Et pourtant, de l'humour, il y en a, et coupé fin, dans ces six albums désormais réunis en un volume. Mais contrairement aux habitudes de Fluide glacial, chaque histoire de deux, trois ou quatre pages, n'est pas construite sur l'absurde ou dans le but de faire exploser le gag dans la dernière case : le rire arrive de temps à autres, par surprise, entre deux scènes cruelles ou émouvantes, comme une bénédiction : la joie furtive après les larmes...

"Je ne suis pas un homme frivole et encore moins un auteur frivole, écrit Carlos Giménez dans sa préface. Cette série peut être vue comme une bande dessinée divertissante, mais c'est, avant tout, une oeuvre réalisée de manière très sérieuse."

Paracuellos
raconte l'histoire des enfants placés dans les foyers de l'Assistance sociale espagnole sous Franco, dans le tournant des années 40 et 50. Carlos Giménez a passé lui-même huit ans de sa vie dans ces foyers, mais ce n'est pas seulement son histoire qu'il ressuscite dans Paracuellos : toutes les anecdotes, toutes les situations racontées dans ces planches ont bien été vécues, mais par de nombreux enfants venus partager leurs souvenirs avec l'auteur.

On s'y attache à ces mômes, à leurs souffrances, à leur solitude et à leurs éclats de rire volés entre deux brimades. Hormiga qui attend son père qui a promis de venir le chercher et ne vient pas ; Inocencio qui, à cause de sa jambe handicapée, fait toujours partie des derniers arrivés au moment du rassemblement et se prend toujours une dérouillée de la part de l'instructeur ; Cagapoco et ses problèmes intestinaux ; les frangins Peribanez : le cadet bègue et l'aîné qui, quand il ne se bat pas avec ses copains pour venger son frère, veut devenir écrivain ; Zampabollos qui voit tout, entend tout, sait tout et qu'on ne voit jamais ; Pichi le rebelle, Higo le lèche-cul ; Porterito l'emmerdeur ; Galvez le raconteur d'histoires ; Alpiste, l'orphelin qui rigole de tout... et Pablito, le double de Giménez, qui ne rêve que d'une chose : devenir auteur de bandes dessinées.

Le blason du foyer représente une main armée d'une flèche phalangiste tuant un dragon. En d'autres termes : "Le foyer social tue le dragon de la faim". Les familles qui viennent à la visite du dimanche sont priées de ne pas apporter de nourriture à leurs enfants : les repas du foyer son bien assez consistants comme ça ! Alors, d'où vient que ces gamins semblent perpétuellement affamés, qu'ils récupèrent leurs boulettes de pain pour en constituer des réserves, qu'ils sont prêts à faire tout ce qu'on veut pour récupérer un trognon de pomme, des épluchures, une miette de biscuit ? Parce que les enfants qui ont la chance de recevoir de la visite y gagnent toujours un petit paquet de nourriture, glissé discrètement sous l'oeil complaisant de l'instructeur. Alors, ceux qui n'ont pas de paquet se lancent dans la mendicité : "Si tu m'en donnes un bout, je serai ton esclave et je te devrai la vie !" "Si tu me donnes une figue, t'auras le droit de me refiler un coup de poing de toutes tes forces ! - Dans la gueule ? - Non... Euh, dans la poitrine... - Alors je marche pas." D'où vient que la pire des punitions semble bien être la privation du goûter ou du dîner, plus encore que les siestes en plein soleil, les coups et les humiliations ? Il a l'air d'avoir encore de beaux jours devant lui, le dragon de la faim...
Drôle d'éducation par la peur et la famine, qui enseigne surtout à ces gosses à devenir assez fayots pour ne pas recevoir de coups, assez voleurs pour se remplir le ventre, assez costauds pour en imposer aux autres dans les bagarres... Les élèves sont regroupés en phalanges, et à la tête de chacune d'elles, un gamin est chargé de faire régner l'ordre et de regrouper ses petits soldats quand sonne le rassemblement dans la grande cour, sous le drapeau. Là, Antonio l'instructeur narre les exploits des phalangistes, évoque la grandeur du caudillo Franco, flanque une correction à celui qui n'écoutait pas ou qui s'est pissé dessus, ou essaie de battre un record personnel en faisant tomber neuf enfants d'une seule gifle. Les infirmières ne sont pas beaucoup plus tendres, et pas beaucoup plus rassurantes - elles donneraient plutôt envie d'être en bonne santé. Et puis il y a le père Rodriguez, le directeur du foyer, celui qui a interdit aux enfants de recevoir de la nourriture de leurs parents, et qui est l'inventeur de la "double baffe", procédé ingénieux permettant à l'enfant battu de rester debout et en position pour recevoir la deuxième fournée."Il ne faut surtout pas imaginer ces collèges comme des institutions perverses, corrompues ou marginales au sein d'un Etat rationnel, humain et démocratique. Non, il faut savoir que ces institutions étaient tout à fait intégrées dans la normalité d'une Espagne qui lui ressemblait. L'Espagne franquiste, écrit encore Giménez. Nous savons aujourd'hui que dans les années quarante et cinquante en Espagne, la norme était que dans les casernes les sergents battaient les recrues ; dans les collèges les professeurs maltraitaient les élèves ; dans les ateliers les officiers et les patrons tabassaient les apprentis ; dans les maisons, les maris violentaient les épouses et les pères frappaient les enfants. Dans la rue, les enfants s'affrontaient en bandes et les jets de pierre étaient monnaie courante. Les jeux des enfants étaient fréquemment très violents, et inventés en permanence pour faire souffrir les plus faibles."

Giménez en donne une parfaite illustration dans Barrio, autre saga de quatre albums réunis aujourd'hui en un volume. Barrio est en quelque sorte la suite de Paracuellos. Le jeune Carlos, dit Carlines, sort enfin du foyer social, il a quinze ans, retouve ses frères et sa mère enfin sortie de sanatorium, et ce quartier (barrio) de Madrid qu'il a quitté huit ans auparavant. Le premier album, publié en 1977, est très dense. Giménez comptait ne faire qu'un volume de Barrio, et il y raconte tout l'apprentissage de son héros : le retour dans la famille, le premier boulot, la bande de copains, les premières amours, sans oublier la peur toujours présente, la peur des flics de Franco qui traquent les "rouges", la peur de la misère, de la faim, de la maladie...

Ce n'est qu'en 2005 que Giménez a repris Barrio pour en faire une série. Son style a évolué, le texte est moins dense, les images en viennent à parler d'elles-mêmes, à raconter la lenteur des jours, à montrer l'ambiance de ce quartier de Madrid, dans les années 50 : l'aveugle et sa chanson, les prostituées, les marchands forains, les cavalcades des mômes, les bagarres dans les terrains vagues. Giménez n'est qu'un témoin de tout cela, il ne juge jamais ses personnages, c'est au lecteur de s'étonner, de s'indigner quand des phalangistes viennent arrêter chez lui un ancien communiste pour l'interroger. L'arrière-plan politique est toujours présent, dans les graffiti qu'on lit sur les murs, dans les impacts de balles, au milieu des patrouilles qui défilent dans les rues... Giménez traite tout le monde de la même façon, du même coup de crayon, ils font tous partie de son monde, de cette réalité quotidienne des années 50 qui n'est pas rose, mais qui n'est pas uniformément grise non plus. Il raconte sa vision des choses à travers les yeux de l'enfant qu'il a été et qui ne comprenait sans doute pas tout ce qui se passait autour de lui tandis qu'il jouait avec son épée de bois - et c'est tout le talent de Carlos Giménez de conserver ce regard d'enfant dans un monde d'adultes qui lui échappe mais qui nous est parfaitement compréhensible, et de nous faire entendre les bruits de ce quartier espagnol de la période franquiste - et aussi ses silences.

dimanche 7 octobre 2007

Gloire à Crumb !


Chaque dessin de Robert Crumb prolonge ma vie d’une journée. Il y a comme ça dans le monde une poignée d’artistes qui vous sauvent tôt ou tard, ne serait-ce qu’en vous faisant comprendre que vous n’êtes pas tout seul. Mes héros sont Louis-Ferdinand Céline, Tristan Corbière, Kafka, Dreyer, Jacques Rigaut, Lautréamont, Bruegel, Cioran et quelques autres… Rien de bien original, vous me direz. J’y ajoute Crumb, illustrateur des cauchemars urbains et des révoltes muettes. La bande dessinée, art mineur s’il en est, atteint sous la plume de ce gaucher de génie la grâce et la folie de certaines gravures de Dürer. Le monde de Robert Crumb a la beauté d’une catastrophe naturelle.

Crumb ne dessine pas ce qui l’entoure, c’est le monde qui nous entoure qui n’est qu’un gigantesque dessin de Crumb. Ses crobards ne sont pas « ressemblants » : ils obligent l’univers à se plier à la ressemblance. Au commencement était l’Œil de Crumb. Quand vous sortez de chez vous après avoir lu un de ses albums, vous vous apercevez immédiatement que toutes les femmes que vous croisez sont à l’image des créatures stéatopyges aux jambes taillées dans des séquoias qui peuplent ses fantasmes. C’est qu’il vous les imposerait, ses fantasmes, en plus !

Putain de Dieu, les femmes de Crumb ! Ces armoires à glace qui me broieraient d’une étreinte, sauvages et musculeuses amazones post-atomiques, je ramperais comme un chien devant un martinet pour en approcher une, m’accrocher comme lui (Crumb, pas le chien) à ses mollets de géante, sauter à cru sur sa croupe éléphantesque !

Crumb dessinait les filles qui lui plaisaient à l’école parce qu’il n’osait pas les approcher. Bien trop sensible et complexé pour jouer au mâle dominant ! Il se rabattait sur ses obsessions, jouissant à la première occasion de faire du pied à une camarade de classe sans aller plus loin. Il a avoué plus tard qu’il lui arrivait de se branler devant ses dessins. Malgré mes efforts, je n’ai jamais su dessiner « ressemblant ». À l’adolescence, c’est mon journal qui m’a servi à éponger mes passions solitaires. Je décrivais mes petites inamoureuses, leur tenues vestimentaires, leurs coiffures, j’allais observer les lycéennes et les étudiantes croisant et décroisant leurs jambes à la bibliothèque municipale, mon sang bouillonnant à l’apparition du moindre centimètre carré de petite culotte, je racontais tout ça le soir même dans mon journal et je pouvais ensuite m’adonner à mes habitudes honteuses en feuilletant simplement quelques semaines ou mois en amont dans mes cahiers d’inadapté congénital. L’ennui, quand on parle de Crumb, c’est qu’on parle de soi. Ce qui est sûr, c’est que si j’avais eu pour le dessin le quart du talent de Robert Crumb, j’aurais été dix fois plus cinglé, pervers et immature que je ne le suis (j’écris ça pour me consoler). Moi aussi, pourtant, j’ai commencé par le dessin, mais je n’étais pas assez travailleur et je manquais de patience. Rester vingt minutes à peaufiner les ombres d’une paupière ou reprendre cinq fois un même portrait parce que l’inclinaison de la tête n’est pas bonne, c’est trop pour moi. Quand j’étais jeune, mon rêve absolu était de conserver à jamais tout ce que je voyais, tout ce que j’entendais, comme dans un film que j’aurais pu me repasser sans fin. Je crois que c’était, plus ou moins consciemment, la raison d’être première de mon journal. Ce n’est qu’avec l’âge que j’ai parfois songé que l’amnésie aussi devait présenter certains avantages.

On a tous besoin d’un type plus fou que soi. Faites confiance au bon vieux Bob et à sa famille de cinglés ! C’est son frère Charles, envoûté par L’Île au Trésor version Disney, qui l’a initié à la bande dessinée. Comment ? Vous n’avez pas encore vu le superbe film de Terry Zwigoff ? Le premier artiste de la famille, c’est Charles : pendant des années, il a ressassé les aventures de Long John Silver et du jeune Jim Hawkins, les vêtements des personnages s’ornant au fur et à mesure de plissages de plus en plus envahissants, obsessionnels, le dessin disparaissant bientôt sous des textes de plus en plus abondants… Puis Charles a continué à remplir des dizaines de cahiers de lignes interminables, comme un discours aphone qui se poursuivrait sans fin… avant de cesser toute activité pour rester cloîtré chez sa mère, retiré du monde, et de se suicider, parce qu’il faut bien que ça se termine un jour. L’autre frère, Maxon, vit de mendicité et de méditation, reclus et asexuel. Il faut voir son interprétation toute en lignes droites naïves et tourmentées du suicide de Van Gogh dans un champ de maïs ! Robert, avec toutes ses angoisses, ses phobies et ses perversions, s’en est plutôt bien sorti, par comparaison. Sa folie, il en a fait de l’or.


L’Amérique de Robert Crumb est atroce, violente et inhumaine, les lignes à haute tension et les zones industrielles y poussent comme des verrues purulentes, l’air y est irrespirable et la musique assourdissante. Crumb n’est pas un visionnaire mais un simple observateur. Crayon en main, il ne fait que reproduire ce qu’il a sous les yeux. Oui, le monde se plie vraiment aux exigences de Crumb : bien vicieux, bien dégueulasse, un cauchemar climatisé à vous faire vomir votre petit déjeuner, influencé par les pires trips de LSD des années psychédéliques dont il ne s’est au fond jamais complètement remis.

À l’exception de Fritz the Cat, la plus grande partie des personnages récurrents de Crumb sont nés des drogues hallucinogènes de sa période hippie. Mr Natural et Snoïd au premier rang, les créatures les plus mignonnes et les plus abjectes de la bande dessinée underground américaine – les anti-Mickey Mouse ! Shuman the Human, Onion Head, Etoain Shrdlu et beaucoup d’autres se font les porte-parole des cauchemars existentiels de leur auteur. Pas besoin de psychanalyse pour Robert Crumb : il lui suffit de donner vie sur le papier au petit personnage nu et terrorisé qui grelotte au fin fond de sa boîte crânienne pour se libérer de toutes ses angoisses, au moins pour le reste de la journée. C’est finalement l’étape nécessaire par laquelle chaque artiste doit tôt ou tard passer. Vive la neurasthénie, c’est à elle qu’on doit nos plus grands génies !



Pour se sortir de tout ça et continuer à contempler le monde sans avoir la nausée malgré sa laideur et sa dégradation constante, il reste la musique. Crumb est l’un des plus grands collectionneurs de 78 tours de blues et de jazz des années 20 et 30. Quand je vois ce que cette musique lui inspire, je ne peux pas lui en vouloir de ne pas avoir supporté l’électrification rock’n’roll des années 50. Je peux rester des heures à admirer le noir et blanc somptueux de sa biographie de Charley Patton. C’est de cette Amérique que Crumb est profondément nostalgique, et quand il la dessine, on peut déjà entendre les crépitements du vinyle recouvrant presque la guitare slappée et la voix plaintive et lointaine du bon-vieux-country-blues-des-champs-de-coton-du-Sud-du-Mississippi. Tous les clichés se retrouvent sous son crayon, plus vrais que nature, de même que la tour Eiffel vous paraîtra toujours plus vraie en reproduction que face à vous. Je dis ça pour les touristes étrangers. L’original est toujours plus fade que la copie. Quand j’écoute du blues, j’ai l’impression d’être projeté dans un dessin de Crumb, et quand je regarde des dessins de Crumb, j’ai envie d’écouter du blues. Et de bondir sur le cul de la première femme forte qui passe, donc.

Finalement, je crois que ma passion pour Crumb tient beaucoup au fait que sa folie me rassure sur la mienne. Sa folie, il a réussi à en faire quelque chose – je dois bien pouvoir me débrouiller pour en faire autant, à ma manière… Oui, chaque dessin de Crumb prolonge ma vie d’une journée : il me rappelle que j’ai toujours l’espoir de m’en sortir et me donne l’envie de travailler pour y parvenir. Merde ! C’est pas un peu paternaliste, ça ? Non mais de quoi tu te mêles, Bob ?