vendredi 30 septembre 2016
Bag of Bones [épisode 17]
lundi 26 septembre 2016
Bag of Bones [épisode 16]
jeudi 15 octobre 2015
Bag of Bones [épisode 15]
lundi 11 mai 2015
Bag of Bones [épisode 14]
samedi 24 janvier 2015
Bag of Bones [épisode 13]
mardi 30 septembre 2014
Bag of Bones [épisode 12]
lundi 29 septembre 2014
Bag of Bones [épisode 11]
jeudi 6 février 2014
Bag of Bones [épisode 10]
samedi 28 septembre 2013
Bag of Bones [épisode 9]
vendredi 31 mai 2013
Bag of Bones [épisode 8]
vendredi 25 janvier 2013
Bag of Bones [épisode 7]
vendredi 21 septembre 2012
Bag of Bones [épisode 6]
dimanche 1 juillet 2012
Bag of Bones [épisode 5]
vendredi 6 avril 2012
Bag of Bones [épisode 4]

C’est vrai qu’on a un peu débarqué dans le monde du rock comme des danseurs de claquettes sur la lune. Pas un pour relever l’autre, aussi innocents que des chiards au biberon, j’avoue. Mais quand on s’y est mis, on s’y est mis. Tous les soirs après les cours, et avant de rentrer chez moi faire mes leçons (si on veut), j’allais faire une heure de batterie chez Florian. Le reste du temps, je potassais « La Batterie pour les Nuls » ou des trucs comme ça. Ça me changeait de Platon et des identités remarquables !
Un soir que j’étais chez Florian, il m’a appris que Steven avait eu une basse pour son anniversaire. Être un gosse de riches, c’est quand même le bon plan.
- Je l’ai pas vue, il m’a dit Florian, mais il paraît qu’elle est super classe. Il m’a dit que c’était une basse libyenne, j’crois bien.
- Ils font des basses, en Libye ? j’ai demandé. C’est quelle marque ? Genre Ibanez ?
- Ah oui, c’est ça : libanaise. Moi tu sais, la géo…
Des claquettes sur la lune, je vous dis !
Et alors tous les mercredis et les samedis après-midi, on répétait dans le garage de Florian. On pensait plus qu’à ça. On avait tapissé les murs du garage avec des boîtes d’œufs, comme on avait vu sur des photos de groupes. Ça empêchait pas le père de Florian de venir gueuler de temps en temps parce qu’on jouait trop fort (ou trop mal). Nous, on se prenait juste pour le meilleur groupe du monde. D’ailleurs c’est pas dur, citez-moi un seul groupe de rock actuel qui tabasse ?
Ah ! Vous voyez ?
Bon, comme on ramait un peu question rythmique, au début on a surtout bossé le concept. Il fallait qu’on se mette d’accord sur notre style. Niveau influences, dans le groupe, c’était un peu le bordel. Genre Florian, son truc c’était plutôt le rock pour dépressif en phase terminale. En gros, Marilyn Manson. C’est moi qui lui ai fait découvrir Joy Division ! Adrien est tombé dans le métal quand il était petit. Steven, je crois bien que son rockeur préféré, c’était Jean-Paul Sartre. Noémie, elle est si merveilleuse et tout que ses goûts musicaux sont forcément hyper pointus, et moi, je m’y connais pas mal dans tout ce qui fait du bruit et qui date, grosso modo, d’avant ma naissance. Je suis le vieux con du groupe.
Du coup, on s’est dit que Bag of Bones, ça devait refléter un peu tout ça, et on n’était pas beaucoup plus avancés. Mais quand même Adrien, qui dessine super bien, et pas que les guitares, avait fini par nous faire des putains de visuels. On n’avait pas de compos, on savait à peine jouer, on n’avait aucune idée de ce qu’on allait faire, mais on savait déjà à quoi ressembleraient les affiches des concerts. Tout à l’envers : c’était ça, notre style.
Tranzistor, n°46, printemps 2012.
dimanche 29 janvier 2012
Bag of Bones [épisode 3]

Dans le genre groupe de rock, j’avoue, on ferait difficilement plus amateur que nous. Du coup, on avait décidé que pour notre première répèt’, on arriverait hyper pro. La consigne : on s’entraîne avant chacun de son côté sur le même morceau. Le lieu du crime, c’était dans le garage des parents à Florian. Le jour, un mercredi après-midi. Florian avait déjà installé la batterie de son oncle, qui était finalement moins pourrave que dans mes cauchemars. Adrien avait donc acheté sa gratte, une ESP noire, et un ampli Marshall à 150 euros. Pour débuter (sachant qu’il y connaît rien), il se disait que c’était bien. Steven était censé acheter une basse, mais il s’est pointé avec son synthé. Je commençais à me lancer dans la description d’une basse, pour qu’il sache faire la différence la prochaine fois, mais il a dit que pour l’instant, il ferait les parties de basse au synthé, que ça allait bien se passer et tout, et qu’il fallait pas que je m’inquiète. Ouais, bon. J’ai pas insisté : moi, tout ce que j’ai eu à acheter, c’est un micro et un pauvre ampli pour la voix…
De toute façon, on s’était dit que la première répèt’, ce serait le tour de chauffe, pour voir un peu de quoi on était capables. Noémie voulait venir nous encourager, personne n’était trop partant, sauf moi qui ai insisté. J’avais trop envie qu’elle vienne m’admirer ! Total, le jour J, j’avais les jambes en Nutella et les intestins en cavale. Surtout qu’entre-temps, Adrien avait commencé à bosser un peu la guitare de son côté, et Florian la batterie, alors que moi, gros malin, je m’étais dit que chanter, c’était pas sorcier : tout le monde sait le faire. Et quand on a essayé pitoyablement de s’accorder sur « Come As You Are », Florian était aux fraises et Adrien mettait à peu près trois heures pour passer d’un accord à l’autre (trop de doigts), mais en ce qui me concerne, c’était clair que j’étais chanteur comme Ribéry est danseuse étoile. Il y a des moments dans la vie où on est confronté à la dure réalité… Mais merde, pas devant Noémie, quoi !
Même si ça me fait mal aux seins, je dois reconnaître que c’est Steven qui s’en sortait le mieux, et qui a su redresser la barre. Vu que j’avais l’air d’avoir un peu plus le sens du rythme que Florian, il nous a proposé d’échanger nos places. J’étais un peu dég’ de me retrouver derrière la batterie, mon charisme en a pris un coup, mais bon, c’est vrai que mes boum-boum-paf étaient un peu plus calés que ceux de Florian. La cacophonie commençait à ressembler à quelque chose. Le plus dur pour mon ego, je crois, c’est quand Noémie a proposé de chanter avec Florian. Si de groupie elle devient chanteuse, comment je peux me la jouer rock star, moi ? J’ai bien tenté de faire remarquer qu’une gonzesse dans un groupe de rock, ça craignait complètement, mais Adrien m’a répondu Blondie, Pretenders, Joan Jett, Patti Smith et Superbus (non, pas Superbus), alors j’avais plus rien à dire. En plus, Noémie a une voix qui vous déchiquète l’âme façon dentelle et de ma place, pendant les concerts, je pourrai mater son cul à volonté. Faut voir le bon côté des choses…
Tranzistor, n°45, hiver 2011-2012.
mardi 11 octobre 2011
Bag of Bones [épisode 02]

Steven a quand même fait remarquer qu'il avait un synthé chez lui, je lui ai dit : "Tu veux pas plutôt faire le mec qui court partout sur la scène pour ramasser les pieds de micro et les cymbales ?", et c'est là que Florian a dit qu'à propos de cymbales, son oncle avait une batterie qu'il pourrait peut-être nous prêter. Il paraît qu'il a fait du balloche quand il était jeune, ou je sais pas quoi, et que c'était même un fan de Phil Collins. Ouais, je sais, moi aussi ça m'a fait bizarre : wow ! y'a peut-être un fan de Phil Collins dans le monde, et c'est l'oncle à Florian, dis donc !
Mais en tout cas, ça a réglé la question de la batterie. Du coup, comme Adrien bosse toutes les vacances chez ses parents qui tiennent un restau et qu'il a un peu de thunes de côté, on s'est dit qu'on irait voir un peu les guitares et les amplis dans un magasin de musique. Ça se goupillait pas mal du tout, notre affaire. Florian serait à la batterie, Adrien à la gratte (en plus il les dessine super bien) et moi derrière le micro. Logique qu'on ait les meilleures places, celles qui font craquer les filles, puisque le groupe, c'est notre idée ! C'est pas planqué derrière une grosse caisse que je pourrai éblouir Noémie...
Un mercredi après-midi, Adrien et moi on s'est pointé dans un magasin de musique et on a commencé à baver devant les espèces de mitraillettes à cordes qu'il y avait là, et un type chevelu est sorti du magasin en bousculant un peu Adrien avec un vague "désolé", et Adrien s'est retourné vers moi genre livide, et il m'a dit : "T'as vu ce mec ?" Moi, j'avais pas gaffe, j'étais resté bloqué devant une Fender blanche. "Non, mais t'as pas vu ? C'était le guitariste d'Homestell !" Ah bon ? J'ai jeté un oeil dans rue voir s'il était encore dans le coin, mais que dalle. Alors là, je me suis dit ouaaah, dans quelques mois peut-être, y'aura des mecs comme nous qui nous croiseront dans les rues et qui se retourneront : "Eh, ce s'rait pas les gars de Bag of Bones ?" Bon, j'ai dit à Adrien qu'était encore à dix mètres du sol, tu l'achètes, ta guitare ? A l'heure qu'il est, on devrait déjà être des stars !
dimanche 9 octobre 2011
Fabien Hein, "Ma petite entreprise punk"

A travers l'histoire de ce groupe que l'on suit pas à pas, depuis les premières répétitions jusqu'aux tournées en France et à l'étranger, depuis les premiers concerts dans les bars locaux jusqu'au troisième album, on oublie enfin l'image d'Épinal (justement) du punk destroy, négatif et sid-viciousesque - le côté : la destruction, c'est sympa - pour souligner au contraire tout ce que cette scène peut avoir de constructif. Les réseaux de groupes, les échanges, l'entraide sont les maîtres-mots de ce système D où les musiciens partagent scènes, labels et tournées.
Quoi de plus normal, pour des punks, que d'appliquer à la lettre le précepte anarchiste de la récupération des moyens de production ? Le DIY, on y vient tout naturellement, par contrainte mais aussi par passion, parce qu'on veut jouer sur scène et faire connaître sa musique, et qu'on finit par s'en donner les moyens. Et on y reste, assurant le show mais aussi le management, se constituant en une véritable entreprise pour faire vivre son groupe. C'est un vrai travail, pas toujours enthousiasmant, qui s'ajoute à la création et bien souvent au job alimentaire qui occupe la semaine. Être punk, ce n'est pas de tout repos ! Premières scènes, premières critiques, premiers soutiens, premiers pas dans l'auto-production, l'organisation chaotique de tournées, les recherches de subventions, le merchandising, mais aussi le quotidien et les galères de la route, rien n'est laissé de côté par Fabien Hein dans ce portrait de groupe vu du côté de la débrouille. Édité par le très rock'n'roll label Kicking records, cet ouvrage accompagné d'une compilation CD est aussi consultable gratuitement sur le site de son auteur. Punk jusqu'au bout !
mercredi 13 juillet 2011
Bag of Bones [épisode 01]
[Voici le premier épisode d'un feuilleton à suivre chaque trimestre dans le magazine Tranzistor, feuille d'info des musiques actuelles en Mayenne.]
Alors là, je vous raconte même pas l'excitation ! J'aurais pu recharger tous les iPhone de la classe rien qu'en les touchant ! J'ai plus rien compris à ce que racontait la prof, j'ai cru que l'intercours arriverait jamais, et puis finalement ça a sonné et on était déjà dehors et les autres étaient du genre euh, quelle mouche vous pique et tout, alors on leur a dit : "On fait un groupe de rock, les mecs !"
Y'avait Florian avec son pur look gothique tout en noir des rangers aux cheveux, Adrien donc qui dessine super bien les grattes et qui avait ce jour-là un tee-shirt System of a Down, et Steven qu'on sait pas trop ce qu'il foutait là, avec sa pauvre mèche sur l'œil et son tee-shirt Pepe Jeans. Et puis est arrivée Noémie, qui est comme un soleil après trois semaines de pluie. Et puis moi évidemment, Alex, je m'étais pas présenté. Alors Steven qu'on n'avait pas sonné nous a dit que c'était une pure idée et que ça tombait bien parce qu'il a fait trois ans de piano. Je voyais pas bien le rapport, peut-être qu'il croyait qu'on allait faire des reprises de Chopin.
Et on s'est mis à réfléchir au nom du groupe. Le style, c'était trop pas compliqué : du bon gros rock qui envoie, bien crade, on n'est pas là pour rigoler. Alors les noms se sont mis à venir de partout : Kalachnikov (on n'était pas d'accord sur l'orthographe), Trompe la Mort (non, ça c'est pourri), Fukushima Dolls (j'étais content de moi), Prolégomènes à la destruction (ta gueule, Steven, va réviser), les Bâtards, les Morveux, les Morbacs, et alors j'ai dit stop les gars, on oublie tout de suite les noms qui commencent par "les", les Vermines, les Furoncles, les Blattes, les Machins, on n'est plus dans les années 30, et Noémie m'a regardé avec ses yeux qui sont comme deux lacs et j'étais super fier de m'être imposé comme ça, moi. Et Florian a dit un nom anglais, ce serait bien, et Noémie qui est comme le Paradis en condensé a dit: "Pourquoi pas un truc genre Bag of Bones ?" Je sais pas d'où elle sortait ça et j'ai dit ah ouais, génial, et voilà comment on est devenu Bag of Bones. Juste pour une histoire d'hormones.
mercredi 25 mai 2011
André A., le dernier des purs

J'aurais pu intituler cette préface "le dernier des rebelles" - mais c'est un vocable qui aurait certainement faire rire (ou vomir) celui qui, par ses chroniques trimestrielles dans Tranzistor, n'avait rien d'un excité boutonneux à tee-shirt Che Guevara. André A. n'a jamais prétendu révolutionner quoi que ce soit, et surtout pas la chronique musicale. Quant à réveiller les consciences, ce n'était pas son truc : d'ailleurs il savait bien qu'un tel réveil tiendrait du miracle de la Résurrection.
André A. était l'homme le plus désintéressé qu'il m'ait été donné de rencontrer. Toute sa vie, il aura fui les honneurs, les mondanités que son talent aurait pu lui offrir sur un plateau. Il n'aurait jamais sacrifié sa solitude pour un quelconque cocktail de cultureux locaux - malgré son goût avoué pour les boissons alcoolisées.
Le raté lumineux, le clochard céleste, l'artiste sans œuvre, voilà ce qu'il recherchait avant tout - voilà ce qu'il voulait glorifier. L'humanité, il la croisait à la sortie des bars louches, à deux heures du matin, et c'était là qu'il dénichait le génie, la beauté des borborygmes de pochtrons, la mélancolie des regards délavés, jaunis par le demi-pression, la violence des petits matins qui succèdent à la nuit blanche : tout ce qui nourrissait ses papiers brûlants de vie.
Cette attirance pour les humbles, les refusés de partout, les invisibles, conférait à André A. un regard de sociologue du monde des "musiques actuelles" (encore une expression qui lui donnait de l'urticaire). Qu'on relise son article consacré aux festivals de l'été, ou ses rencontres avec des musiciens de province, Jipé l'ambitieux, Adèle et José les amoureux chantant pour le Christ, le groupe mayennais AMPC : à chaque fois, ce sont des tranches de vie qui nous sont offertes. A chaque fois, nous sommes frappés par la vérité qui se dégage de ces échanges. Parce que c'était ça qui l'intéressait, André A., par-dessus tout : la vérité des êtres. La musique, les styles, les genres : il s'en moquait, et d'ailleurs sans doute n'y connaissait-il pas grand-chose. Rap, dub, punk, électro, garage... Du chinois, tout ça ! Mais derrière tout ce jargon, il y a ce type qui sue derrière ses platines ou sa guitare désaccordée, avec ses rêves de gloire au bout des doigts - et c'était tout ce qui comptait.
André A. passait souvent pour un réactionnaire, on reprochait à ses articles de démolir gratuitement tout ce qui "marchait" bien, tout ce qui plaisait aux jeunes... Gratuitement, vraiment ? Non. J'affirme que ses violences verbales étaient une manière pudique de cacher ce qu'était réellement André A. : un pur. Le dernier, sans doute.








