lundi 27 août 2007

Première pages (3/4)


Forget the funk, get the punk !
Mélinda Descotes – Grasset (2005).


Chirdée foncedée cramée cramoisie… le concert déchire tout, c’est clair, les bières et les joints tournent bien, sur scène c’est le kiff, Cyril me tient par la main, comme si nous étions in love, c’est comme un frangin pour moi, Cyril. Il a su me guider quand dans ma tête j’étais à bout, que la dope m’empêchait de vivre, que j’avais des suicidal tendencies. On se connaît depuis qu’on est gosses, je l’adore ce mec, il a toujours été là dans les moments les plus durs de ma foutue existence. Je regarde la scène, puis je me tourne vers lui. Putain, il rayonne ce mec ! Ouais, sûre. Il dégage un truc, un truc que seul un Cobain pouvait dégager, putain de vie ! La bière circule dans les rangs, une osmose se dégage, une harmonie envoûtante, et l’harmonie des guitares aussi, le rythme déchaîné du batteur, l’énergie, yeah, l’énergie ! L’énergie c’est la vie ! Cyril part dans un slam tordant, je flippe toujours qu’il se fasse mal, que les types le laissent s’écraser au sol, qu’il faille que je l’amène à l’hosto, aux urgences, je peux plus supporter ces odeurs de cadavres, ce blanc immaculé, j’y ai trop zoné. Cyril était là aussi pendant ma cure de désintox, quand la came me ramollissait le cerveau pire qu’un sitcom TV. Dès fois, je me dis que sans Cyril je serai plus là aujourd’hui. Je m’accroche à lui, je le tiens par le blouson, je lui serre la main, fort, très fort, et le bassiste est déchaîné, tout le monde à côté de moi crie, ce moment est magique, vraiment strong. Le concert se termine, je prends ma tire et je dépose Cyril devant chez lui. Moment de blues, il me serre très fort dans ses bras, je me dis putain tu vas pas craquer. Je chiale comme une gosse. Il me dit : « Les vraies femmes ne pleurent pas ». On se marre, comme deux teenagers. Demain je vais avoir 40 ans, et ça me fout le bourdon. Je vois mon mec par intermittence, je bosse pour un journal à la con, mon patron me fait chier, quant à la famille, n’y pensons pas. Anyway, j’ai toujours réussi à rebondir, parce qu’au fond je lâche jamais le morceau.


Choix bibliographique établi avec DJ Zukry et déjà publié dans le Journal de la Culture n°11, novembre-décembre 2004.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

D’accord, on s’est baigné dans la plus déferlante hilarité. Arrêtez, j’ai les côtes éclatées, j’aurai de quoi me chauffer dix ans avec le bois des pipes fendues. Et maintenant, vous nous donnez un TEXTE ? Vous n’avez pas consacré vos « vacances » à Brève rencontre non ? Allez, je vais dire un très gros mot : quand est-ce que vous nous donnez quelque chose d’un peu …ambitieux ? (Non ! ne courez pas…). J’avais aimé, vraiment aimé le dernier paragraphe du Déserteur professionnel. Bon, si je continu j’men va conseiller ; lor, c’ti mieux que j’me couchasse mein fieu.

Restif, «Je connais gens de toutes sortes/Ils n’égalent pas leur destin ».

iPidibluette a dit…

Raphaël soulève toutes les jupes de Laval, alors silence pendant qu'il prie !