vendredi 24 août 2007

Premières pages (2/4)


Papa, je t’aime.
July Moquette – Stock (2005)


Papa m’attend toujours quand je rentre de l’école. Je sais qu’il aime me voir remonter la rue en danseuse sur mon vélo violet, les jambes nues sous ma jupe légère. Mon cartable est lourd sur mes épaules. Parfois, dans le dernier virage, ma trousse glisse par terre. Je dois m’arrêter et repartir la chercher. Ça fait beaucoup rire papa. Il aime bien rire, papa. Il me regarde me baisser pour prendre ma trousse, puis remonter sur mon vélo. Il aime bien quand le vent soulève ma jupe, papa. Souvent, ça le démange en haut des cuisses. Maman, elle dit qu’il a le feu où elle pense. Oh, non ! Je veux pas que papa prenne feu, jamais.

Papa m’embrasse. Il pique un peu, ça fait bizarre sur les lèvres. Il est toujours en train de vérifier si mes seins poussent. Il appuie fort sur ma poitrine à travers le tee-shirt. Après il est tout rouge et contrarié. C’est parce qu’il s’applique. Il fait bien attention à ma santé. J’aime mon papa.

Papa, je t’aime.

Parfois, je voudrais que tu crèves.

Mais je n’y pense pas trop : les enfants ne doivent pas dire du mal de leurs parents. Un papa sait ce qui est bien pour sa fille chérie. Parfois ça me paraît bizarre, ce qui est bien pour moi. Mais il me promet qu’il ne me fera pas bobo, alors je n’ai pas peur. Parfois ça saigne un peu, mais je m’essuie et c’est fini. Il me demande gentiment si j’ai eu mal, il veut dire vraiment mal. Alors je réfléchis un peu, et je dis non. C’est à partir de quand, vraiment mal ?

Papa, il essuie souvent son zizi dans mes cheveux, après. Moi, j’aime pas trop ça. Ils sont tous gras après, et mes tresses sont toutes collantes. Alors je dois laver mes cheveux longtemps pour que ça parte. Mais il sait ce qui est bon pour moi. La colle de papa, ça doit être bon pour les cheveux. Une fois, maman est rentrée plus tôt de son travail, et lorsqu’elle a ouvert, papa avait son zizi dans mes cheveux. J’étais un peu gênée. Comme papa me tenait le bras, je ne pouvais pas aller embrasser maman. Papa aussi était un peu gêné. Maman a regardé mes cheveux, elle a froncé les sourcils et elle m’a dit :

« Toi, demain, je t’emmène chez le coiffeur. »
Choix bibliographique établi avec DJ Zukry, et déjà publié dans le Journal de la Culture n°11, novembre-décembre 2004.

7 commentaires:

ipidiblue n'aime pas la moquette a dit…

Elle est schizo cette demoiselle ... elles sont toutes comme cela à cet âge, encore heureux qu'elle ne ressemble pas trop à Christine Angot.

Anonyme a dit…

Ca devait pas sortir dans la collection OUTREAU ?

Article 227-24 du Code pénal
Le fait :
- de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende

R.L en préparant les oranges.

Anonyme a dit…

"Elle est schizo cette demoiselle ... elles sont toutes comme cela à cet âge"

???

Tu réfléchis de temps en temps, Pierre ? (je me fous que tu rebondisses sur cette question pour faire des ping et des pong, ce n'est pas une baballe mais une triste interrogation)

ipidiblue seconde personne du singulier a dit…

Anonyme 27 a-t-il couché avec moi pour prononcer mon nom en cette auguste enceinte ?

Anonyme a dit…

« Pierre ! Quel nom male, rude, un nom de balafres de tatouages et d’embruns, fleurant l’éclair et les vastes pensées, biblique et impérial, sonore comme la majesté, un nom de destin ! Ce soir, enfiévrés, le corps travaillés de nobles luxures, il s’endort, à ses lèvres un sourire, à cet humble et doux que protége l’ombre auguste et colossale, le sommeil vient, porteur d’étreintes, tandis que dans un souffle de baisers, il répète enfin apaisés et épanouis, déjà assoupis, le tendre nom de l’idole enfin révélée : Pierre, Pierre… » (Journal secret de Lapinos)
On sait peu de chose de ce personnage qui tentait de sublimer ses penchants socratiques par une zoomorphie enfantine. Depuis la mise au jour de disques durs fossiles il est pourtant admis que sa fascination-fixation pour la personne de l’écrivain Pierre Drieu La Rochelle masquait très probablement un amour immodérément charnel pour ce Pierre dont les initiales recoupent les deux premiers noms de cet auteur. Bien que retrouvé dans la grotte de Hautefort, on sait que certains érudits (N. Lekwystr notamment) on malgré tout voulu voir là le monologue à la troisième personne d’un certain J Asensio. Voire « Masques et identités dans l’Internet primitif » par Pietro Driou.

R.L
(R.L

Anonyme a dit…

Les pluriels tératologiques de la deuxième phrase sont les restes très impures d'une strate ou L et J.A, voyant en l'Autre un P.D, (comprenez le Pierre de leur désir) noyaient ensemble leur sommeil. Que voulez-vous, il est des évocations qui troublent...


(Je connais un gentil schtroumpf qui a découvert le plaisir subtil du nom brusquement dévoilé (cf I would prefer... suicide. Ca ne nous rajeunit pas tout ça mon bon.)

Anonyme a dit…

Les autres fautes (impur-e/ou sans '- sont par contre absolument naturelles.

R ("il écrivait à la diable pour l'immortalité")